Un jeu s’installe entre les trois grandes devises mondiales, billet vert, euro et yuan, avec l’aval des autorités monétaires.
Publié le
Fabrice Anselmi
Le billet vert profite des anticipations de resserrement monétaire et de la bonne résistance de l’économie américaine.
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photo hbschw-pixabay
Les inquiétantes restrictions contre le Covid en Chine, la guerre en Ukraine et la rhétorique de la politique monétaire menée par la Réserve fédérale et suivie par la Banque centrale européenne (BCE) ont continué à effrayer les marchés et à renforcer le dollar lundi. «Tout cela forme un puissant cocktail par rapport auquel la réélection du président Emmanuel Macron en France n’a pas eu de conséquences notables», résume Kit Juckes, stratégiste changes de Société Générale CIB. Alors que le résultat du scrutin en France aurait pu renforcer un peu l’euro, la monnaie unique s’est encore dépréciée, jusqu’à 1,07 face au dollar en séance, soit un plus bas depuis février 2017.
Dans le même temps, l’indice DXY du dollar face à un panier de devises élargi a dépassé 101,8 points. Un sommet depuis 2016, soutenu par la perspective d’un resserrement très rapide de la politique de la Fed. La banque centrale laisse désormais les marchés s’attendre à des hausses de taux de plus de 50 voire 75 points de base à chacune de ses réunions, pour revenir très vite à des taux Fed funds autour de 3%. Cela ne manquerait pas de ralentir l’économie et l’inflation américaines, même si de plus en plus d’analystes estiment que la Réserve fédérale a perdu le contrôle des anticipations d’inflation et aura du mal à ramener l’inflation de 8,5% à sa cible de 2% dans les prochaines années.
Valeur refuge
«Le billet vert profite de ces anticipations de resserrement monétaire et de la bonne résistance de l’économie américaine, moins exposée aux risques précités. Dans une journée comme lundi très difficile pour les marchés et pour toutes les devises, y compris les ‘devises matières premières’ qui commencent à craquer face au risque de ralentissement chinois, le dollar a renforcé son côté valeur refuge», rappelle Nordine Naam, stratégiste changes de Natixis. «L’idée que la Fed aurait pu mieux contrôler le timing de la normalisation me semble exagéré. Dans ces périodes extrêmes, l’économie américaine va finir par caler, mais le dollar peut rester assez performant quelques mois encore», ajoute Kit Juckes.
En fin de semaine dernière, la Banque centrale chinoise (PBoC) a pour sa part remonté sa fourchette de référence (fixing) et un peu laissé filer le yuan. Celui-ci est repassé à 6,58 face au dollar alors qu’il «surnageait» anormalement autour de 6,36 depuis début mars malgré le ralentissement chinois. «La Chine a continué à bénéficier d’entrées de capitaux liées à ses exportations ces derniers mois, tandis que les Chinois ont moins voyagé et investi à l’étranger. Mais cette devise reste très contrôlée : la banque centrale peut accepter une petite dépréciation, mais elle préfère la stabilité et un yuan fort et compétitif face au dollar - si elle voulait soutenir ses exportations, elle le laisserait revenir autour de 7 mais devrait accepter l’appréciation du billet vert face aux autres devises comme le yen, estime Kit Juckes. Les mouvements des derniers jours s’expliquent donc plutôt par des investisseurs long yuan/short dollar qui ont été piégés par un rattrapage des flux en sens inverse.»
L’euro suspendu à la BCE
Lundi, la PBoC a annoncé qu’elle allait assouplir ses exigences en matière de réserves de changes obligatoires détenues par les banques. Elle les ramènera de 9% à 8% à partir du 15 mai, sans doute dans le but de ralentir la dépréciation du yuan, après les avoir passées de 7% à 9% en décembre. Mais pour Nordine Naam, «elle ne devrait quand même pas trop intervenir avant un niveau de 6,70 environ, car elle voit la compétivité du yen japonais se renforcer».
Quant à l’euro, sa faiblesse pénalise la région pour l’achat de matières premières tout en renforçant ses capacités d’exportation. La monnaie unique subit de plein fouet la crise en Ukraine, malgré des sursauts dès que les gouverneurs de la BCE reparlent de hausses des taux. «L’euro fait l’objet d’une prime sur le risque d’embargo européen sur le gaz russe : sans cela, avec les fondamentaux économiques et les annonces de normalisation monétaire prochaine, l’euro-dollar aurait dû remonter autour de 1,15, estime Kit Juckes. Ce rebond sera possible quand la BCE aura réussi à sortir des taux négatifs.» Entretemps, le dollar aura sans doute poursuivi son chemin vers un sommet face au yuan et aux autres devises.
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