L’AMF se refuse à condamner en bloc le trading haute fréquence
Parasite pour les uns, apporteur de liquidité pour les autres, le trading haute fréquence divise. Et les superviseurs s’interrogent encore sur la manière de contrôler le phénomène, qui représenterait 30% à 35% des transactions réalisées en Europe selon des estimations de consultants.
Dans le compte-rendu d’un colloque publié le 19 avril dans son bulletin, l’Autorité des marchés financiers (AMF) reconnaît avoir du mal à quantifier le phénomène. Le superviseur a cependant identifié en avril trois membres de marché – la rumeur évoque Citadel, Getco et Knight Capital – qui passent à eux seuls 50% des ordres sur les actions du CAC 40, comme le signalaient hier Les Echos. Mais passage d’ordres ne veut pas dire volumes traités: le taux d’exécution des ordres oscille entre 1% et 5%, l’AMF citant même l’exemple d’un intervenant qui a entré 15 millions d’ordres en avril mais n’en a exécuté que 1 sur 154.
L’Autorité distingue ensuite deux effets pervers du trading haute fréquence. Le risque systémique dû à la vitesse s’est vérifié aux Etats-Unis lors du flash crash du 6 mai 2010, mais aussi en France avec «quelques exemples vécus de pertes de contrôle d’algos ou d’interaction défavorables entre algorithmes». L’AMF ne le dit pas, mais un flash trader serait notamment soupçonné d’être à l’origine de la flambée du titre Eurodisney en mars. «Les remèdes font relativement consensus (contrôles à divers niveaux, coupe-circuits…)», et une réglementation européenne de l’Esma est attendue fin 2011.
Le deuxième risque porte sur l’efficacité et l’intégrité du marché. «Il est difficile de porter un jugement en général. Les effets sur l’efficacité sont controversés, les risques sur l’intégrité sont avérés mais sans doute dus à une minorité», estime l’Autorité. S’agissant du premier point, elle reconnaît qu’une stratégie classique de passage d’ordres aux meilleures limites apporte une réelle liquidité, même transitoire. «Infrastructures de marché et régulateurs devraient réfléchir à la microstructure de marché (tarification, ‘tick size’) capable de favoriser les stratégies qui ont une plus-value réelle en termes d’efficience», propose l’AMF.
Pour surveiller les abus de marché, «les enjeux de coordination internationale et les investissements sont considérables». A défaut, deux voies s’offrent aux superviseurs: freiner l’activité (en limitant les temps de latence, par exemple) ou laisser faire le marché.
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