« L’Afic va relancer son projet de partage de la plus-value »
L’Agefi : L’Afic (Association française des investisseurs en capital) tient aujourd’hui sa conférence annuelle dédiée au capital investissement au Palais Brongniart. Le tarissement des ressources en provenance des institutionnels sera-t-il comme l’an passé au cœur des discussions ?
Hervé Schricke : Il s’agit d’un des principaux sujets. Les PME vont être les premières victimes de la nouvelle donne réglementaire visant à accroître la solvabilité des banques et des assureurs. Les banques, notamment, vont rendre le crédit plus cher, plus rare et plus sélectif en ne prêtant qu’aux sociétés ayant les bilans les plus solides. L’épargne des ménages doit être orientée vers les entreprises, qui vont avoir de plus en plus besoin de fonds propres.
Quelles sont les propositions de l’Afic à ce sujet ?
Nous proposons que l’avantage fiscal des FCPI soit porté de 22 à 35% dans le domaine de l’innovation, qui demande plus de patience en termes d’investissement et est assorti de plus de risques. En contrepartie du renforcement de l’avantage fiscal, la durée des FCPI, en moyenne de huit ans, serait portée à dix ans. Par ailleurs, nous suggérons, par rapport aux réflexions du gouvernement sur l’ISF (Impôt de solidarité sur la fortune), de créer un seul type de produit, pour cette imposition et celle sur le revenu (IR). Cette initiative permettrait de faciliter la vente d’un produit, devenu plus simple.
Quels seraient les autres leviers pour renforcer l’orientation de l’épargne vers les PME ?
La part, non centralisée par la CDC (Caisse des Dépôts), du Livret A et du Livret de développement durable représente 75 milliards d’euros. Nous souhaitons que 3% de cette épargne, qui bénéficie déjà d’un avantage fiscal, puisse être dédiée aux besoins en fonds propres ou quasi-fonds propres des PME via des fonds d’investissement. Nous proposons de créer une charte, via laquelle les fonds s’engageraient à flécher ces investissements vers des PME et rendre compte d’une série d’informations telles que les créations d’emplois réalisées. Ce raisonnement peut être appliqué pour d’autres produits tels que les «articles 83», le Perp ou le Perco.
Y-a-t-il une solution pour encourager l’engagement des banques et des assureurs ?
Nous prônons un dispositif qui pourrait réduire le chargement en fonds propres de l’investissement dans notre classe d’actifs pour ces investisseurs institutionnels. Il s’agit d’un système de mutualisation des risques, qui pourrait être géré par Oséo. Avec un abondement initial, ce type de dispositif présente un levier de l’ordre de un à cinq. Le risque étant faible du fait de la mutualisation, il ne serait pas très onéreux à couvrir.
Quels sont les autres sujets sur lesquels se penchent les groupes de travail de l’Afic ?
Nous travaillons sur un projet de partage de la plus-value au sein des sociétés ayant un fonds à leur capital. La campagne n’a pas encore été lancée. Ce projet avait déjà été initié par le passé, mais avait été bloqué au niveau du Parlement car nous n’avions pas su démontrer que cela ne coûterait rien à l’Etat. Désormais, nous avons les arguments. Nous devons rencontrer Bercy prochainement. Par ailleurs, nous travaillons également beaucoup sur l’innovation.
Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce thème ?
Nous travaillons depuis dix-huit mois sur un rapprochement avec les pôles de compétitivité. Nous avons notamment participé à la création de Polinvest, qui vise à conseiller les entreprises dans leur recherche de fonds et sommes associés à plusieurs projets. Nous travaillons notamment sur un programme de mentoring visant à aider les entreprises à formuler leurs projets, dont une quinzaine ont été réalisés ou sont en cours de réalisation.
Sur un autre sujet, l’Afic entend réviser sa gouvernance. Dans quel cadre s’inscrit ce projet ?
Outre la rotation annuelle des présidents, qui était trop rapide, je souhaitais m’assurer que la profession soit à l’écoute du monde extérieur. C’est dans cette logique que je veux créer un comité stratégique avec des personnes externes telles que des chefs d’entreprises ou des sociologues. L’idée du comité de sélection vise par ailleurs à clarifier l’évolution et les nominations au sein de nos différentes instances aux yeux de tous. Nous souhaitons profiter de cette refonte pour renforcer notre code de déontologie et nos règles de transparence. Je crois que certaines règles ne sont pas exprimées de façon assez claire pour en apprécier les conditions d’application.
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