La réduction du bilan de la Fed pourrait renchérir le financement en dollars
La réduction du bilan de la Fed semble désormais actée, mais son ampleur pourrait être bien moins importante qu’attendu. D’après une récente étude de Zoltan Pozsar, analyste chez Credit Suisse, la réduction du bilan de la Fed entraînerait un renchérissement du coût du financement en dollars couvert pour les étrangers, de 10 points de base (pb) pour chaque centaine de milliards de dollars de liquidités retirées. Le bilan de la Fed étant passé depuis la crise financière de moins de 800 milliards à plus de 4.500 milliards, sa réduction risque d’avoir des conséquences importantes.
L’analyste base cette conclusion sur les récents mouvements de prix sur les marchés monétaires, qu’il associe aux émissions réduites de bons du Trésor (T-Bills) liées à l’imminence du plafond de la dette. «Les mesures exceptionnelles prises par le Trésor américain pour éviter le plafond de la dette ont retourné 400 milliards de dollars de liquidités dans le système financier, qui ont entraîné l’effondrement de la base des swaps de devises», explique-t-il. L’élargissement de la base de contrats d'échange de devises, loin du niveau induit par la théorie de parité couverte des taux d’intérêts (CIP) depuis la crise financière, a déjà fait l’objet de publications par la Banque des règlements internationaux, qui y voyait un nouveau baromètre de l’appétit pour le risque.
Mais depuis novembre, cette tendance au renchérissement du financement couvert en dollars s’est inversée. Passé de 10 pb début 2014 à 90 pb en novembre dernier, le coût d’un swap dollar/yen est ainsi depuis revenu à 30 pb. Les mesures prises par le Trésor sont toutefois exceptionnelles et temporaires, jusqu’au relèvement du plafond de la dette par le Congrès qui doit intervenir au plus tard cet automne. Le Trésor devrait alors relancer ses émissions de T-Bills, et drainer les liquidités libérées depuis novembre.
«Ce que cela nous dit, c’est que la Fed ne pourra pas significativement réduire la taille de son bilan, juge Zoltan Pozsar. A chaque centaine de milliards de dollars de liquidité drainées, le reste du monde subit une hausse de taux de 10 pb». Pour ne pas risquer une hausse trop rapide et trop forte des coûts de financement en dollars pour le reste du monde, la Fed devrait selon lui coordonner son action avec le Trésor et limiter la réduction de son bilan. «Réduire [le bilan de la Fed] est une question de goût, pas une nécessité. Un gros [bilan] est nécessaire», estime l’analyste de Credit Suisse.
Plus d'articles du même thème
-
Au Royaume-Uni, les salaires accélèrent, le chômage recule et la Banque d’Angleterre guette
La croissance des salaires outre-Manche a légèrement accéléré de +3,7 % entre juin et août et le chômage a reculé à 4,7%. Ces données pourraient pousser la Banque d’Angleterre à relever ses taux en novembre. -
Les non-dits de Kevin Warsh crédibilisent un statu quo de la Fed
Le président de la Fed ne contredit pas les marchés qui ont repoussé d’octobre à décembre la prochaine hausse de taux, malgré une inflation américaine toujours plus élevée. Kevin Warsh insiste toujours sur le fait que l’IA devrait apporter des gains de productivité considérables. -
Les ventes au détail dépassent les attentes à cause de l’essence aux Etats-Unis
Au-delà de la bonne santé affichée par le chiffre du département du Commerce, les économistes commencent à craindre un léger essoufflement de la consommation lié à la flambée des prix pétroliers.
ETF à la Une
Global X lance un ETF sur les sociétés minières aurifères responsables
- BNP Paribas augmente la plupart de ses salariés entre 1.000 et 1.500 euros
- Macif Vie est menacée par la Cnil d'une sanction de 7 millions d’euros
- Revolut pâtit d’une panne de Google Cloud
- Eutelsat bondit en Bourse alors que Starlink réduit ses services en Ukraine
- ASML manifeste les premiers symptômes des limites physiques de l'IA
Contenu de nos partenaires
-
In folioLittérature : Jean-Paul Dubois se répare le cœur
Comme toujours avec Dubois, tout est si bien mené, d’une plume si entraînante et si souple, qu’on est tenté de lire « Chacun », son dernier roman, d’une traite, avec l’impression d’être emporté par un torrent -
L'air du largePourquoi un tel succès du narratif russe ?
Le savoir-faire du Kremlin est connu. Mais il bénéficie aujourd’hui d’une demande d’autoritarisme et d’une détestation de l’Occident -
#DigitalCitizenViolences du 17 octobre : les failles numériques de l'Etat
Aucune leçon des émeutes passées ne semble avoir été tirée par les pouvoirs publics toujours plus en retard face à la technologie