La prudence de Mario Draghi laisse monter l’euro
La BCE a laissé ses taux directeurs et ses indications prospectives inchangés jeudi, résistant aux appels à mettre fin aux achats d’actifs dans un contexte d’inflation faible et d’envolée de l’euro. «La récente volatilité sur le marché des changes est une source d’incertitude qui demande à être examinée au regard de ses possibles implications sur les perspectives pour la stabilité des prix», a déclaré le banquier central. Toutefois, «il est trop tôt pour dire si ces mouvements auront un impact sur l’inflation», a-t-il ajouté au cours de la conférence de presse tenue à l’issue de la réunion du conseil des gouverneurs.
L’euro, qui avait déjà bondi face au dollar hier en réaction aux propos du secrétaire au Trésor américain, Steven Mnuchin, qui a déclaré que l’affaiblissement du billet vert était favorable au commerce extérieur américain, poursuivait son ascension. En fin d’après-midi, à l’issue de la conférence de presse de Mario Draghi, la monnaie unique évoluait en hausse de 0,7% à 1,2494 dollar, son plus haut niveau depuis décembre 2014.
Mario Draghi a expliqué que le rebond récent de la devise était dû non seulement à l’amélioration des perspectives de croissance de la zone euro, mais également «à l’emploi d’un langage qui ne reflète pas les termes de référence qui ont été convenus». Le banquier central n’a pas nommé Steven Mnuchin mais semblait se référer au responsable américain. Selon Mario Draghi, les propos employés contreviennent à un accord de longue date entre les banquiers centraux mondiaux, réaffirmé en octobre 2017.
L’appréciation de l’euro complique la tâche de la BCE, qui cherche à faire remonter l’inflation, car elle pèse sur le prix des biens importés et donc sur l'évolution des prix. L’inflation dans la zone euro serait supérieure de 0,7 point de pourcentage aujourd’hui si l’euro était resté à son niveau de début 2015, estime Marion Amiot, économiste chez S&P Global Ratings. Selon les dernières données d’Eurostat, l’agence européenne de la statistique, l’inflation globale dans la zone euro s’est établie à 1,4% en décembre. Hors énergie et produits alimentaires, les prix ont augmenté de 0,9% sur un an.
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