La lame de fond de la crise en Europe gagne les côtes asiatiques

L’ADB a revu à la baisse son estimation de croissance 2012, compte tenu de la prudence des banques européennes dans le financement du commerce
Benoît Menou

Avis de mauvais temps sur les économies asiatiques. Dans son rapport de suivi de la région publié hier, la Banque asiatique de développement (ADB) souligne que l’ampleur de l’impact de la morosité économique en Europe ainsi qu’aux Etats-Unis ne cesse de grandir au sein des quatorze pays scrutés (dont les dix membres de l’Asean et la Chine, mais pas l’Inde ni le Japon).

Le spectre de la récession dans le monde a conduit de nouveau l’ADB à réviser à la baisse ses estimations de croissance. L’ADB estime tout de même que la zone pourra tenir tête, à condition, selon le rédacteur du rapport, Iwan Azis, que les dirigeants soient «prêts à agir rapidement, de façon décisive et collective», par le biais d’outils financiers, monétaires ou fiscaux. La politique de change notamment doit être coordonnée afin d’éviter les dévaluations compétitives. Et même si l’inflation en parallèle reste préoccupante aux yeux de certains, ce qui pourrait freiner les efforts de relance.

Quoi qu’il en soit, si l’estimation de croissance 2012 a été rognée de 0,3 point à 7,2% par rapport à celle publiée en septembre, celle pour 2011 a été maintenue à 7,5%. Mais la probabilité d’une nouvelle révision reste élevée. Dans le pire des scénarios envisagés par la banque de développement, qui verrait la zone euro et les Etats-Unis connaître en 2012 une récession comparable à celle de 2009, la progression du PIB de l’Asie émergente pourrait être ramenée à 5,4%. Si la menace s’est renforcée depuis l’été car l’«Asie n’est certainement pas totalement immunisée», l’ADB reste donc «prudemment optimiste». L’estimation de croissance 2012 en Chine a été ramenée de 9,1 à 8,8%.

Le rapport met en avant les risques financiers, tant du côté d’investisseurs qui seraient tentés de céder des positions en actifs asiatiques que de banques européennes soucieuses de préserver leur bilan en réduisant le volume des prêts accordés à l’Asie, ce qui ne manquerait pas de contraindre les conditions de crédit. L’ADB s’attend à constater une vive hausse de la demande pour ses services de financement et de garantie des échanges commerciaux. Responsable de cette activité, Steve Beck a évoqué hier le «retrait de certaines grandes banques européennes», sans les nommer. Si le dirigeant reconnaît que son rôle est bien de combler les insuffisances du marché, «cela va devenir plus important encore».

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