La Hongrie dans une impasse après l'échec de sa dernière adjudication

Le gouvernement a émis 15 milliards de forints (48 millions d’euros) à cinq et dix ans, au-dessus de 9,6 %, alors qu’il espérait placer 33 milliards
Bruno de Roulhac

Pas de trêve des confiseurs pour la Hongrie! L’adjudication de jeudi s’est révélée un véritable échec. Le gouvernement de Budapest a émis pour 15 milliards de forints (48 millions d’euros) d’obligations, alors qu’il en espérait 33 milliards : 10 milliards à cinq ans à 9,63% et 5 milliards à dix ans à 9,7%. Les coûts d’emprunt sont au plus haut depuis deux ans. Et la faiblesse de la demande des investisseurs a conduit l’agence de la dette publique hongroise à renoncer à son émission à trois ans. Déjà la semaine dernière, lors d’une adjudication de 30 milliards de forints (pour 40 milliards prévu), la Hongrie avait dû servir un rendement moyen de 7,91%, plus haut niveau depuis juillet 2009.

Conséquence de cette absence d’investisseurs, la monnaie hongroise a continué à se déprécier face à l’euro, au-delà de 311 forints hier, proche de son plus bas de 317,92 forints le 14 novembre dernier, et très loin de ses niveaux de l’été autour de 270 forints.

Le 22 décembre, un mois après Moody’s, Standard & Poor’s a dégradé la note long terme du pays à «BB+», la faisant basculer en catégorie spéculative, invoquant «une politique imprévisible du gouvernement». L’agence estime à 33% la probabilité d’une nouvelle dégradation en 2012.

Alors que la Hongrie doit faire face au refinancement de cinq milliards d’euros de dette en 2012, le FMI et la Commission européenne avaient interrompu mi-décembre leurs discussions avec elle sur un nouveau plan de soutien, en raison des menaces politiques sur l’indépendance de la banque centrale hongroise. Pour son gouverneur, le projet de loi en cours, qui doit être voté aujourd’hui, équivaut à une mainmise du gouvernement sur l’institution, censée être indépendante.

Le texte prévoit en effet un rapprochement entre la banque centrale nationale et l’autorité de surveillance financière. Pour Erste Group, en l’absence de lignes de crédit, le pays devra se financer sur le marché. Aussi, «les rendements pourraient être à deux chiffres après l’échec de l’adjudication d’aujourd’hui», anticipe Erste Group Bank. Hier, le rendement du marché secondaire à trois ans a crû de 25 points de base à 9,15%, tandis que le rendement à dix ans a pris 21 points de base à 9,84%.

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