La France va devoir défendre sa place de pays européen le plus attractif
Que devra faire la France pour demeurer la destination préférée des entreprises étrangères ? En 2019, la France occupait la première place européenne pour l’accueil des investissements internationaux. Avec 1.197 projets, elle dépasse pour la première fois le Royaume-Uni (1.109), selon la vingtième édition annuelle du baromètre EY sur l’attractivité de la France. Sa part de marché atteignait près de 19%, contre 17% pour le Royaume-Uni et 15% pour l’Allemagne.
Une première place «acquise de haute lutte, grâce à la modernisation de la Francedepuis 2016 avec notamment le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), la réforme du marché du travail, le maintien du crédit d’impôt recherche (CIR) et la baisse de la fiscalité sur les sociétés», confie Marc Lhermitte, associé EY et auteur de l'étude.
Bien que les plans d’investissements soient révisés avec la crise, 65% des projets annoncés l’an dernier sont réalisés ou en cours, selon les enquêtes menées en avril par EY auprès de dirigeants européens, d’experts et d’acteurs publics. Ce taux est le même dans la plupart des pays européens, à l’exception de la Pologne et du Portugal, où le niveau de confirmation atteint 80%, les conditions de compétitivité rendant ces projets «plus utiles en ce moment». Seuls 10% des projets attendus en France ont été annulés.
L’adaptation du droit constitue un avantage
Néanmoins, les investissements étrangers pourraient fortement ralentir en 2020 et 2021. Les deux-tiers des dirigeants envisagent une réduction de leurs projets 2020, 15% tablent sur un report en 2021, mais aucun ne prévoit d’annulation.
«Au moment où l’Europe traverse une crise économique majeure et les pays préparent leurs plans de relance, la France doit trouver sa place dans la compétition de la reprise et rassurer sur sa stratégie, poursuit Marc Lhermitte. Les investissements étrangers pèsent 20% du PIB et 35% des exportations françaises, et constituent donc un moteur indispensable à notre redressement économique. Les plans de relance des prochains mois et la capacité de la France à donner de la flexibilité aux éventuels ajustements d’effectifs, dans des conditions équivalentes à celles de nos voisins, seront cruciaux pour convaincre les entreprises étrangères de miser sur l’Hexagone. Pour le moment, elles ont mis en ‘pause’ leurs investissements et saluent plutôt la réponse de l’Etat et sa rapidité d’action au cœur de la crise, notamment sur l’activité partielle. L’adaptation de notre droit, à l’instar des ‘prêts’ de main d’œuvre entre entreprises, pourrait être un des arguments pour conserver notre place de pays européen préféré par les groupes étrangers.»
Les projets d’investissements étrangers devraient se poursuivre dans certains secteurs (santé, loisirs en ligne, e-commerce...), mais l’impact de la crise pourrait être massif dans l’aéronautique, l’automobile, les équipements industriels, la chimie et la plasturgie, notamment pour les sous-traitants, souligne l'étude.
«Le cadre actuel de compétitivité, notamment en matière de fiscalité et de droit du travail, ne doit pas être dégradé. Si la France a réussi à mettre en place ces dernières années un package de compétitivité qui lui a permis de rivaliser avec l’Allemagne, elle reste encore au-dessus de la moyenne européenne», constate Marc Lhermitte.
Un mouvement de relocalisation se dessine
Le monde de demain se dirige aussi vers des relocalisations. 83% des dirigeants sondés vont développer un nearshoring dans des localisations à bas coûts aux frontières de l’Union européenne, en Europe de l’Est, en Turquie ou en Afrique du Nord ; et plus d’un tiers compte renforcer sa présence industrielle en Europe. «Ce mouvement, plus continental que national, pourrait répondre à la volonté des dirigeants d’investir en Europe pour l’Europe, précise Marc Lhermitte. Il devrait concerner en premier lieu les productions stratégiques, comme les médicaments, les équipements médicaux, et les équipements énergétiques.»
Sur le moyen terme, trois tendances majeures guideront la destination des investissements internationaux : l’automatisation et la digitalisation des process industriels, des back offices et de la relation client ; les nouvelles exigences environnementales et sociétales et la reconfiguration des échanges mondiaux et de la supply chain, précise le baromètre. «Ces tendances lourdes sont inéluctables. Il n’y aura pas de retour en arrière, prévient Marc Lhermitte. La compétition sera d’autant plus rude que les projets et les investissements seront moins nombreux avec la crise actuelle.»
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