La Fed durcit le ton contre l’inflation
La Réserve fédérale (Fed) américaine a affiché mercredi sa détermination à lutter contre l’inflation en éliminant plus rapidement que prévu ses mesures de soutien à l'économie et en se disant prête à relever ses taux directeurs à trois reprises dans le courant de l’année prochaine.
La banque centrale a annoncé qu’elle réduirait ses rachats d’actifs de 30 milliards de dollars par mois à compter de janvier. A ce rythme, le programme d’assouplissement quantitatif mis en place pour soutenir l’investissement dans le sillage sanitaire prendra fin en mars, et non en juin comme annoncé le mois dernier.
Cette mesure a été prise à l’unanimité «à la lumière de l'évolution de l’inflation et de la nouvelle amélioration du marché du travail», a précisé l’institution dans un communiqué. «Le risque d’une inflation durablement plus élevée a augmenté», a pointé son président, Jerome Powell, lors d’une conférence de presse.
Selon les projections publiées mercredi, la majorité des membres de la Fed envisagent désormais de relever à trois reprises le taux des fonds fédéraux l’année prochaine, retenant une prévision médiane de 0,9% pour la fin 2022, contre 0,1% actuellement. En septembre, la moitié d’entre eux pensaient encore qu’aucune hausse ne serait nécessaire en 2022.
La hausse des taux d’intérêt sera «graduelle» et pourrait intervenir relativement rapidement après la fin du tapering, a précisé le président de la Fed, ouvrant la voie à plusieurs relèvements d’un quart de point. Le dirigeant ne s’est toutefois pas engagé sur un calendrier : «Nous prendrons cette décision au cours des prochaines réunions».
La banque a répété à plusieurs reprises ces derniers mois qu’elle souhaitait commencer par éliminer ses rachats de titres d’obligations d’Etat et de dette hypothécaire avant d’envisager une hausse des taux. A l’issue de la réunion de décembre, 12 des 18 membres de la Fed tablent sur au moins 3 hausses de taux l’année prochaine.
Début de ralentissement des prix dès 2022
Ces annonces confirment le tournant évoqué par Jerome Powell, lors de son audition au Congrès fin novembre, lorsqu’il avait indiqué que la poussée inflationniste actuelle ne pouvait plus être qualifiée de temporaire. Depuis, la hausse des prix à la consommation a connu une nouvelle accélération, à 6,8% sur douze mois, soit un point haut depuis près de 40 ans aux Etats-Unis.
La Fed continue de penser que le mouvement de hausse des prix s’affaiblira l’année prochaine, à la faveur du rétablissement des chaînes mondiales d’approvisionnement. Mais les niveaux d’inflation observés cette année, nettement supérieurs à l’objectif de 2% par an en moyenne, ont poussé l’institution à opter pour une politique moins accommodante.
Selon ses dernières projections, la Fed table désormais sur une inflation hors alimentation et énergie de 2,7% l’année prochaine, contre une précédente prévision de 2,3% en septembre. Cet indicateur devrait s'établir à 4,4% cette année et retomber à 2,1% en 2024, selon la Fed.
Malgré la fin programmée des mesures de soutien, la politique monétaire américaine restera accommodante dans les mois qui viennent afin d’accompagner la reprise économique, a souligné Jerome Powell mercredi. A ce stade, la Fed n’a pas pris de décision concernant la réduction de son bilan, qui a atteint un niveau record de 8.700 milliards de dollars en raison des achats d’actifs effectués pendant la pandémie, a-t-il ajouté.
La Fed reste optimiste pour la croissance et l’emploi
Malgré les incertitudes sur la situation sanitaire, les économistes de la Fed tablent sur une poursuite des créations d’emploi l’année prochaine, avec un taux de chômage prévu à 3,5% en fin d’année, au lieu 3,8% en septembre dernier. La prévision de croissance du PIB a par ailleurs été revue à 4%, contre 3,8% en septembre.
La hausse des prix provoquée par la réouverture des économies et la perturbation des chaînes d’approvisionnement place les banquiers centraux face à un dilemme, alors qu’une politique trop restrictive de lutte contre l’inflation risque de fragiliser le redressement du marché de l’emploi. Le nombre total d’emplois aux Etats-Unis reste actuellement inférieur de 3,9 millions au niveau atteint en février 2020 avant le début de la crise.
La vigueur de la reprise américaine, qui a fait passer le taux de chômage de 5,2% en août à 4,2% le mois dernier, donne toutefois davantage de marges de manœuvre à la Fed pour essayer d’enrayer le risque de spirale inflationniste. «L'économie est tellement plus solide (...), tellement plus proche du plein emploi» que lors du dernier tapering en 2014, a souligné Jerome Powell.
Lors du dernier cycle de resserrement monétaire, la Fed avait attendu la fin 2015 avant d’amorcer un relèvement de ses taux.
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