La crise turque met les marchés émergents à l’épreuve
Brusquement repassé au-dessus de 12 points, l’index de volatilité des marchés émergents établi par JPMorgan n’avait pas connu pareil coup de chaud depuis la dévaluation surprise du yuan en plein cœur de l’été 2015. Le nouvel accès de faiblesse de la livre turque, -8% hier à 7,24 pour un dollar, malgré l’annonce de mesures d’urgence par la banque centrale du pays, s’est propagé aux autres devises émergentes. La roupie indienne a cédé 1,6%. Le peso mexicain a plié de 1,9%. Et le rand sud-africain, qui a perdu jusqu’à 10% en séance, a perdu 2%. Le vice-gouverneur de la banque centrale sud-africaine a pris la parole hier pour affirmer que la situation actuelle ne nécessitait aucune intervention de l’institution mais que celle-ci n’hésiterait pas à agir si le bon fonctionnement du marché était perturbé.
«La principale crainte sur le marché est que nous nous dirigions vers une véritable crise des marchés émergents», explique Ulrich Leuchtmann, économiste chez Commerzbank, rappelant l’exemple de la crise financière asiatique de 1997. Il rassure toutefois en notant que le marché est «fondamentalement dans une position différente» aujourd’hui car de nombreuses banques centrales des pays émergents ont gardé la confiance des investisseurs en relevant leurs taux d’intérêt au cours de l’année écoulée. L’Indonésie, par exemple, dont la banque centrale se réunit demain, pourrait une nouvelle fois remonter ses taux après déjà trois hausses en à peine deux mois.
Le rôle limité de la banque centrale
Tenue par le président Recep Tayyip Erdogan, et malgré les engagements de respect de son indépendance pris par le ministre des Finances, la Banque centrale turque (CBRT) ne peut pas user de l’arme des hausses de taux comme elle le souhaite. Elle s’est contentée hier matin de réduire de 250 points de base (pb) le coefficient de réserves obligatoires en livre turque des banques pour toutes les échéances et a abaissé de 400 pb celui en devises jusqu’à trois ans d’échéance. Elle a également indiqué qu’environ 10 milliards de livres, 6 milliards de dollars et l’équivalent de 3 milliards en or de liquidités seraient fournis au système financier.
Les analystes de CreditSights jugent «inadéquates» ces mesures car «elles ne donnent aucune assurance sur le fait que la CBRT sera en mesure de fournir les filets de sécurité nécessaires en cas d’accélération des sorties de dépôts ou d’un arrêt des financements internationaux aux banques turques». Selon Simon Derrick, responsable de la stratégie de BNY Mellon, sans une action plus significative des autorités turques, il y aura une nouvelle pression sur la livre. «Avec des signes de contagion qui commencent déjà à apparaître ailleurs… dans un marché d’août fragile, l’inquiétude doit être que l’aversion pour le risque revienne très rapidement», prévient Simon Derrick.
Et l’Europe ?
Des signes d’aversion pour le risque commencent à apparaître. Le secteur bancaire européen a de nouveau baissé en Bourse hier, avec des chutes comprises entre 3% et 1% pour BBVA, UniCredit et BNP Paribas, les banques de la zone euro les plus présentes en Turquie. L’indice élargi Stoxx 600, tous secteurs confondus, a cédé 0,2%. Sur le marché obligataire, les rendements italiens se sont tendus de 11 pb et le spread avec les taux allemands s’est écarté d’autant. En réponse à un article paru ce week-end, le vice-Premier ministre italien Luigi Di Maio a assuré hier qu’il n’y avait aucun risque que des spéculateurs attaquent les marchés financiers dans le courant du mois d’août. Preuve tout de même que la crainte est dans les esprits.
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