La Turquie fait vaciller les valeurs bancaires européennes
Après les incertitudes politiques en Italie en mai, c’est au tour de la livre turque de mettre à mal les valeurs bancaires européennes. Dans le sillage du nouvel effondrement de cette devise, lié à la montée des tensions entre Washington et Ankara et aux craintes d’ingérence du président Erdogan dans la politique monétaire turque, l’indice Stoxx Europe 600 Banks a clôturé vendredi sur une chute de 1,91%.
Parmi les plus fortes baisses, la banque espagnole BBVA, l’italienne UniCredit et la française BNP Paribas ont terminé sur des plongeons respectifs de 5,16%, 4,73% et 2,99%. Selon le Financial Times de vendredi, le Mécanisme de surveillance unique de la Banque centrale européenne (BCE) juge ces trois établissements particulièrement exposés au plongeon de la livre depuis janvier, contre lequel un certain nombre d’emprunteurs turcs ne seraient pas couverts. Ce qui pourrait conduire ces derniers à faire défaut sur des prêts libellés en devises étrangères.
Espagne, France et Italie sont les plus concernées
D’après la Banque des règlements internationaux, l’Espagne, la France et l’Italie figurent au rang des secteurs bancaires étrangers les plus exposés à la Turquie, avec des montants respectifs de 82,3 milliards de dollars (71,08 milliards d’euros), 38,4 milliards et 16,9 milliards de dollars au premier trimestre 2018. Des sommes qu’il convient toutefois de relativiser, en regard du total des actifs bancaires de l’Union européenne, qui atteignait 32.300 milliards d’euros fin 2017, selon la BCE.
Lors de la présentation de ses résultats du deuxième trimestre, UniCredit, présente en Turquie via sa filiale Yapi Kredi, avait ainsi souligné que ce pays pesait moins de 2% dans son PNB (produit net bancaire), et qu’une baisse de 10% de la livre entaillerait de seulement 2 points de base son ratio de solvabilité CET1. BBVA, actionnaire de la banque turque Garanti, avait fait état d’une sensibilité identique de son ratio CET1 à une dépréciation de 10% de la livre.
Quant à BNP Paribas, qui opère en Turquie via sa filiale TEB principalement, ses engagements commerciaux vis-à-vis de contreparties exerçant leur activité principale dans ce pays représentaient 2% du total de ses engagements bruts, bilan et hors-bilan, fin 2017, indique le groupe dans son document de référence. BNP Paribas avait par ailleurs déprécié au troisième trimestre 2017 la totalité de sa survaleur dans TEB, pour 172 millions d’euros, en raison de la progression moins forte que prévu du marché turc.
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