La campagne anti-ESG de Donald Trump n’a pas tué l’investissement durable
Dans une tribune pour L’Agefi, Prudence Johnson-Hill, chez Schroders, estime que sous le feu des attaques, l’ESG se fait plus discret mais ses moteurs restent solides.
Aujourd'hui, les investisseurs accordent la priorité à la résilience climatique
-
Alors que Donald Trump a décrit l’ESG comme un ”moyen d’attaquer les entreprises américaines” et qualifié le changement climatique de “canular”, l’investissement durable a subi d’importantes attaques cette année. Mais, selon nous, ses principaux moteurs restent solides.
Le président Trump a retiré les États-Unis de l’accord de Paris mais les initiatives mondiales en faveur du climat bénéficient toujours de soutien. Deux jours après l’annonce, l’homme d’affaires Michael Bloomberg a déclaré que lui-même et d’autres soutiens fourniraient des fonds pour couvrir la contribution des États-Unis au budget des Nations unies consacré au climat. De même, de nombreux gestionnaires d’actifs sont revenus sur leurs engagements en faveur du “net zero”, craignant d'être accusés d’enfreindre la législation américaine. Mais ce recul n’est pas seulement dû à l'évolution de la situation politique. Les investisseurs accordent désormais plus d’importance aux actions qu'à la rhétorique.
Progrès silencieux
En 2020 et 2021, de nombreux gestionnaires ont pris des engagements afin de donner un signal de vertu mais, pour certains, ceux-ci étaient trop ambitieux, trop larges et difficiles à appliquer. Aujourd’hui, les investisseurs accordent la priorité à la résilience climatique, ce qui modifie la manière dont ils s’engagent auprès des entreprises. Cela suggère que nous entrons dans une ère de progrès silencieux.
La présidence Trump signifie-t-elle aussi la fin des critères de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI) ? Le recul de certaines entreprises emblématiques sur ce sujet comme Amazon, Meta ou Google, ne signifie pas nécessairement un renversement des actions. Plutôt que renoncer, des groupes choisissent de renommer leur programme : Walmart a remplacé DEI par “Walmart pour tous” ; JPMorgan parle de DOI avec “opportunité” à la place d’“equité”. Dans les rapports annuels des entreprises du Fortune 100, on constate une diminution de 22% de l’utilisation de termes tels que “DEI” et “diversité” mais une augmentation de 59% de mots tels que “appartenance”.
Si la première vague d’enthousiasme pour l’ESG est retombée, de nombreux investisseurs actifs continuent de s’attacher à identifier et à comprendre les facteurs ESG qui ont une incidence sur les rendements. Nous avons constaté un élan continu dans l’adoption de mandats durables, avec des actifs dans nos solutions durables, d’impact ou éthiquement filtrées qui atteignent plus de 11 milliards de livres sterling (au 31 décembre 2024), soit une augmentation de 375% en six ans.
Le premier hub mondial dans le négoce du pétrole a vu l’organisation recommander à ses membres de ne plus financer sept majors pétrolières par la dette. Les participations en actions persistent. Une exclusion à demi-mots, entre prise de conscience et réalité économique.
Le fonds de pension danois écarte la société d'Elon Musk de ses placements à moins de deux semaines de son introduction en Bourse sur le Nasdaq, en invoquant une valorisation jugée fantaisiste et une gouvernance qualifiée de catastrophique.
Le fonds coté multi-actifs géré activement vise à offrir une diversification du capital à long terme, au-delà des actions et obligations traditionnelles.
Si le philosophe et psychanalyste Cornelius Castoriadis critiquait en août 1998 les Balladur, Bérégovoy et autres Chirac en pointant le « devenir nul de la politique », que dirait-il aujourd'hui de la trentaine de candidats à l'élection présidentielle ?
Lundi 1er juin, Bruxelles a trouvé un accord sur la création de centres de rétention en dehors de l'Europe pour y renvoyer les migrants en situation irrégulière