La BCE suscite des attentes élevées
Aucune information n’a filtré, et pour cause : les responsables monétaires de la Banque centrale européenne (BCE) sont encore en discussion sur les mesures de soutien qui pourraient être annoncées le 12 septembre. Alors que la situation économico-politique s’est plutôt dégradée depuis la réunion du 25 juillet, et que la Réserve fédérale américaine a initié sa baisse des taux, les paris vont donc bon train. Une seule certitude : la troisième phase des opérations de refinancement ciblé à long terme (TLTRO 3) débutera bien le 19 septembre, pour sept opérations trimestrielles en 24 mois qui permettront aux banques capables d’augmenter leurs crédits sur la période 2019-2021 d’emprunter à un taux équivalant au taux de dépôt plus de 10 pb.
L’enjeu du «tiering»
Mario Draghi ayant confirmé en juillet que les taux directeurs resteraient à leurs niveaux actuels ou inférieurs tant que la faible inflation le rendra nécessaire, certains évoquent un renforcement de la «forward guidance» qui consisterait à repousser l’échéance fixée à mi-2020, «au moins». Depuis, les marchés intègrent à près de 100% une probabilité d’une baisse de 10 pb du taux de dépôt, et même de 60% à 80% une baisse de 20 pb au-delà du -0,40% actuel. Dans ce deuxième cas, la BCE prendrait très probablement une mesure compensatoire, via un mécanisme de paliers («tiering») permettant de réduire le coût pour les banques sur une partie de leurs réserves excédentaires.
«D’autres pays l’ont fait, et c’est un sujet clé qui appelle différentes hypothèses: on pourrait par exemple retenir un taux à 0% sur un multiple de réserves excédentaires, et le taux de dépôt normal au-delà, explique Axel Botte, stratégiste chez Ostrum. Trouver le bon équilibre sera crucial pour ne pas perturber les marchés monétaires et provoquer une remontée des taux interbancaires vers le taux majoré’.» Pour Véronique Riches-Flores (RF Research) aussi, «ce sujet complexe demande une approche ‘mesurée’, d’autant que c’est un outil efficace au regard du taux de change de l’euro, qui a beaucoup baissé face au dollar depuis deux mois».
Malgré les anticipations assez fortes, rien ne dit en revanche que la BCE pourrait, au-delà de continuer à réinvestir le principal des titres arrivés à échéance dans le cadre du programme d’achat d’actifs (QE), lancer dès cette réunion un autre programme (QE 2) sur les obligations souveraines ou bancaires (synonymes de conflits d’intérêts). Plusieurs responsables se sont prononcés contre, estimant que les stocks du premier programme auraient encore des effets durables pour longtemps, surtout sur les taux longs – dont le Bund –, qui n’en ont vraiment pas besoin au vu des records à la baisse depuis janvier. «En l’absence de consensus, il est peu probable que la BCE annonce la reprise des achats d’actifs à ce stade», estime Franck Dixmier, directeur des gestions obligataires d’Allianz GI. «Et la BCE doit commencer à étudier les risques financiers de telles expositions pour elle-même», ajoute Axel Botte.
Certains s’accordent sur le fait que, sur le QE comme sur la baisse des taux de dépôts avec «tiering», la banque centrale devrait prendre le temps d’étudier les conséquences de ses décisions qui pourraient être renvoyées au mandat de Christine Lagarde, «à qui il faudra également laisser des marges de manœuvre, conclut Véronique Riches-Florès. Les marchés, qui ont déjà intégré des interventions fortes, pourraient être un peu déçus des mesures de septembre, qui devront donc être accompagnées d’une communication adaptée sur la capacité de la banque centrale à agir dès les prochaines fois.»
Plus d'articles du même thème
-
Christine Lagarde pourrait quitter la BCE plus tôt que prévu à cause de la présidentielle française
La présidente de l'autorité monétaire pourrait s'impliquer dans la campagne française, notamment si «une perspective réductrice de l'ancrage français au sein de l'Europe» s'installait dans le débat. -
La Banque Populaire de Chine franchit une étape dans l’internationalisation du renminbi
Pas à pas, la Chine s’insère dans les marchés financiers internationaux. Elle vient ainsi de prendre de nouvelles mesures de politique monétaire qui ouvrent l’usage de sa monnaie et alignent les pratiques de la PBoC sur celles des autres grandes banques centrales. -
L’inflation reste au plancher en Suisse
L’indice des prix s’est stabilisé sur un mois en Suisse en juin, et progresse de seulement 0,5% sur un an, tandis que l’inflation sous-jacente demeure limitée à 0,3%, l’un des niveaux les plus faibles du monde développé.
ETF à la Une
Schroders vise une dizaine d’ETF actifs d’ici la fin de l’année
- Le Crédit Agricole lancera une offre de trading crypto avant la fin de l'année
- CMA CGM se renforce dans la logistique du dernier kilomètre
- Kering se retrouve sous pression en Bourse avec la montée des doutes d'analystes
- La guerre en Iran relance l’intérêt des obligations indexées sur l’inflation
- La finance italienne pourrait perdre l'un de ses principaux investisseurs
Contenu de nos partenaires
-
Trump transforme les 250 ans de l'indépendance américaine en grand show politique
Les Etats-Unis célèbrent, ce samedi 4 juillet, les 250 ans de leur indépendance. Mais entre discours de Donald Trump, feu d’artifice géant et organisation parallèle proche du président, cette fête nationale historique prend aussi des airs de meeting grandeur nature pour le président américain -
Loi d'urgence agricole : les 5 points de discorde majeurs qui opposent le Sénat et l'Assemblée
Le Sénat a tranché en faveur d’un texte plus souple mais le vrai combat s’ouvrira le 16 juillet lors d’une Commission mixte paritaire (CMP) où députés et sénateurs tenteront de concilier leurs visions divergentes -
Flagrant délitEn Inde, une affaire de détournement de fonds fragilise le BJP de Narendra Modi
Déjà affaiblie par les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient, la formation du Premier ministre est mise en cause dans un scandale autour du temple de Ram sur lequel elle a bâti sa popularité