La BCE reste accommodante face à une inflation toujours jugée temporaire
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Valérie Venck, Agefi-Dow Jones
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La Banque centrale européenne (BCE) a laissé jeudi sa politique monétaire ultra-accommodante inchangée, justifiant cette position par le caractère transitoire de l’inflation actuelle. Lors d’une conférence de presse tenue à l’issue de la réunion du conseil des gouverneurs de la BCE, sa présidente Christine Lagarde a estimé que la récente poussée d’inflation constatée en zone euro durerait plus longtemps qu’initialement prévu mais finirait par s’atténuer dans le courant de l’année 2022.
Soulignant qu’une grande partie des débats pendant la réunion avait tourné autour de l’inflation, la responsable a indiqué que le conseil des gouverneurs s'était «beaucoup interrogé mais av[ait] conclu que le renforcement de l’inflation était temporaire». Elle a précisé que certains effets de base, notamment le relèvement de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) en Allemagne et l’inflation due à la forte reprise économique qui a suivi la crise sanitaire, allaient disparaître dans les mois qui viennent.
Le pouvoir d’achat menacé par les prix de l'énergie
La banquière centrale a toutefois prévenu que l’inflation en zone euro, qui a atteint 3,4% sur un an en septembre, devrait encore accélérer dans les mois qui viennent avant de progressivement décliner l’année prochaine. A moyen terme, la BCE anticipe toujours une inflation inférieure à son objectif de 2%, a-t-elle précisé. La situation actuelle s’explique notamment par les difficultés d’approvisionnement rencontrées par de nombreuses entreprises, qui pèsent sur l’offre dans un contexte de forte demande, et par l’augmentation des prix de l'énergie par rapport aux niveaux déprimés de 2020.
«La hausse des prix de l'énergie pourrait réduire le pouvoir d’achat dans les mois à venir», a averti Christine Lagarde alors que de nombreux gouvernements cherchent actuellement des moyens de réduire l’impact des prix élevés du gaz, de l'électricité et de l’essence sur les ménages. Parallèlement, les contraintes en matière d’approvisionnement «assombrissent les perspectives pour le prochain trimestre», a-t-elle ajouté.
Si la croissance ralentit, elle ne stagne pas pour autant, a toutefois tempéré Christine Lagarde, en soulignant que la BCE s’attendait toujours à ce que l’activité économique retrouve son niveau pré-pandémique à la fin de cette année. «La zone euro continue de se redresser fortement, bien qu'à un rythme plus modéré», a-t-elle martelé. Les chiffres de la croissance en zone euro au troisième trimestre et la première estimation de l’inflation en octobre sont attendus vendredi.
L’avenir des achats d’actifs sera débattu en décembre
Dans ce contexte, la responsable pense que le Programme d’achats d’urgence pandémique (PEPP), lancé en mars 2020 pour répondre aux répercussions économiques de la crise sanitaire, prendra fin en mars 2022. L’institution a maintenu jeudi l’enveloppe totale du PEPP à 1.850 milliards d’euros et indiqué que le programme se poursuivrait au moins jusqu’en mars 2022. «A ce stade, de mon point de vue, le PEPP s’achèvera en mars 2022», a affirmé Christine Lagarde. La BCE a également décidé jeudi de poursuivre les achats net d’actifs du PEPP à «un rythme légèrement plus faible» qu’aux deuxième et troisième trimestres.
Interrogée sur la gestion des programmes d’achats d’actifs de la BCE après mars 2022, Christine Lagarde a répondu que ce sujet serait évoqué lors de la prochaine réunion de politique monétaire, prévue en décembre. Le conseil des gouverneurs disposera alors de nouvelles projections de croissance et d’inflation pour l’aider à prendre ses décisions.
Une hausse des taux n’est pas d’actualité
«Concernant le reste, nous serons liés par nos indications prospectives», a ajouté la banquière centrale en réponse à une question sur la date d’une éventuelle hausse des taux d’intérêt.
Alors que les marchés à terme tablent depuis peu sur un premier relèvement des taux d’intérêt dès la fin 2022, Christine Lagarde a insisté sur le fait que les conditions définies dans les indications prospectives de la BCE, à savoir un retour durable à une inflation de 2%, n'étaient pas remplies à l’heure actuelle. La présidente de la BCE «a été claire aujourd’hui : même si l’inflation reste élevée un peu plus longtemps qu’anticipé, la BCE n’attend pas de relèvement des taux, tel qu’intégré par les marchés, à la fin de 2022 ou peu de temps après», relève Holger Schmieding, économiste chez Berenberg.
Les marchés ont eu toutefois une lecture différente. Les taux à 2 ans et à 10 ans en zone euro sont orientés à la hausse ce jeudi. Les rendements italiens à 10 ans s'écartent de 10 points de base, à 1,05%.
Avec une croissance révisée de +0,2% à 0% pour le deuxième trimestre, l’Hexagone est passé tout proche de la récession technique. Avec une inflation en hausse en France comme ailleurs en Europe, la Banque centrale européenne (BCE) devrait remonter ses taux dès septembre, ce qui n’arrangera pas les finances publiques.
Malgré l’incertitude économique, la croissance des prêts bancaires aux ménages et surtout aux entreprises a progressé en juillet en rythme annuel. Les chiffres, inférieurs aux moyennes historiques, devraient permettre une croissance modérée de l’économie européenne au second semestre.
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