La BCE remonte ses taux pour faire face à une inflation qui s’installe
La Banque centrale européenne (BCE) a décidé jeudi d’augmenter d’un quart de point ses taux directeurs, alors que le conflit au Moyen-Orient s’enlise et provoque une flambée des prix du pétrole qui alimente l’inflation.
Le taux de rémunération des dépôts, le principal taux directeur de l’institution, passe ainsi de 2,25% à 2,50%. Le taux des opérations principales de refinancement passe de 2,40% à 2,65% et le taux de la facilité de prêt marginal progresse de 2,65% à 2,90%. Ces changements seront effectifs à compter du 16 septembre.
Après avoir relevé de 25 points de base (0,25 point de pourcentage) ses taux lors de sa réunion de politique monétaire de juin dernier, la BCE avait décidé de temporiser lors de sa réunion de juillet. Mais face à une inflation qui a tendance à se renforcer, l’institution monétaire a décidé de trancher en faveur d’une nouvelle hausse de taux.
Hausse de l’inflation
Après un repli observé en juin, les prix à la consommation harmonisés dans la zone euro sont repartis de l’avant cet été. L’inflation a d’abord augmenté légèrement à 2,9% sur un an en juillet, avant de décoller à 3,3% sur un an en août, selon les données de l’agence européenne de la statistique Eurostat. L’inflation dans la zone euro s'était établie à 2,6% en mars, 3% en avril, 3,2% en mai puis 2,8% en juin.
Cette nouvelle poussée de fièvre est largement attribuable au choc énergétique qui perdure, alors que les Etats-Unis et l’Iran s’affrontent de nouveau à coups de missiles et de drones.
«Le conflit au Moyen-Orient continue de générer des tensions sur l’inflation, qui devrait rester largement supérieure à l’objectif pendant une période prolongée. La décision prise aujourd’hui souligne l’engagement du Conseil des gouverneurs à mener une politique monétaire assurant la stabilisation de l’inflation au niveau de son objectif de 2% à moyen terme», a estimé la BCE dans un communiqué.
Comme à chaque réunion, le conseil des gouverneurs rappelle qu’il continuera à surveiller les données pour définir, réunion par réunion, l’orientation appropriée de la politique monétaire et ne s’engage pas à l’avance sur une trajectoire de taux particulière.
La prochaine réunion de politique monétaire de la BCE aura lieu les 28 et 29 octobre prochains.
Une inflation plus forte que prévu en 2027 et 2028
A l’occasion de cette réunion, la BCE a mis à jour ses prévisions pour l’union monétaire. L’institution vise désormais dans son scénario de référence une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 0,9% en 2026, 1,4% en 2027 et 1,5% en 2028. Lors de ses dernières prévisions dévoilées en juin dernier, la BCE ciblait une croissance de 0,8% en 2026, 1,2% en 2027 et 1,5% en 2028. Les taux de croissance ont été revus à la hausse pour cette année et l’an prochain, «principalement en raison de la capacité de résistance plus forte que prévu de l'économie de la zone euro» commente la BCE.
Du côté de l’inflation, la progression des prix est attendue plus forte que précédemment. L’inflation totale est attendue à 3,0% en 2026, 2,5% en 2027 puis 2,1% en 2028. La banque centrale visait jusqu’ici une hausse des prix de 3,0% en 2026, 2,3% en 2027 et 2,0% en 2028.
Hors énergie et produits alimentaires, dont les prix sont plus volatils, l’inflation de base devrait atteindre 2,5% en 2026, 2,6% en 2027 et 2,3% en 2028. S’il n’y a pas de changement pour l’année en cours, la BCE tablait auparavant sur une inflation de base de 2,5% en 2027 et 2,2 % en 2028.
«Les perspectives demeurent hautement incertaines et comportent des risques orientés à la hausse pour l’inflation et à la baisse pour la croissance économique. En ce qui concerne le choc énergétique, les scénarios mis à jour par nos services montrent les nombreuses trajectoires possibles d'évolution de la croissance et de l’inflation dans différents cas de figure, en fonction de son intensité et de sa durée ainsi que des effets indirects et de second tour qu’il pourrait générer», souligne la BCE.
L’institution monétaire juge toutefois toujours être «en bonne position pour faire face à l’incertitude provoquée par le conflit».
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