La BCE opte pour le statu quo avant le passage de témoin entre Draghi et Lagarde
La Banque centrale européenne (BCE) a laissé ses taux directeurs et ses indications prospectives inchangés jeudi à quelques jours du départ de Mario Draghi de la présidence de l’institution. A l’issue de la dernière réunion du conseil des gouverneurs présidée par l’Italien, la BCE a indiqué qu’elle laissait son principal taux de refinancement à 0%, soit le niveau auquel il se trouve depuis mars 2016, et son taux de rémunération des dépôts à -0,5%. Ce dernier taux avait été réduit de 10 points de base le mois dernier.
La banque centrale a confirmé les indications prospectives («forward guidance») sur les taux modifiées en septembre, indiquant qu’ils resteraient à leurs niveaux actuels ou plus bas jusqu’au retour de l’inflation à un niveau proche de mais inférieur à 2%.
Par ailleurs, le programme d’assouplissement quantitatif (QE), dont le redémarrage avait été annoncé le mois dernier, se poursuivra à raison de 20 milliards d’euros par mois à compter du 1er novembre et aussi longtemps que nécessaire pour renforcer l’effet accommodant de la politique de taux, a confirmé l’institution. Il cessera peu avant le premier relèvement des taux d’intérêt.
La BCE a également répété qu’elle comptait réinvestir la totalité du produit des obligations arrivant à échéance, acquises dans le cadre de son programme d’achats d’actifs, pendant une période prolongée après sa première hausse des taux d’intérêt.
Arrivée de Christine Lagarde le 1er novembre
Le statu quo décidé jeudi par la BCE était très largement attendu par les investisseurs après la présentation, le mois dernier, d’un vaste programme de relance et avant le départ de Mario Draghi. Ce dernier tiendra, à partir de 14h30, sa dernière conférence de presse en tant que président de la BCE. Son mandat, d’une durée de huit ans, arrive à échéance le 31 octobre. Il sera remplacé le 1er novembre par Christine Lagarde, qui dirigeait jusque récemment le Fonds monétaire international (FMI).
Au cours d’une audition début septembre devant le Parlement européen, l’ancienne ministre française des Finances a promis de passer en revue les coûts et les avantages des taux d’intérêt négatifs et des achats d’obligations de la BCE, très critiqués dans les pays du nord de l’Europe, notamment en Allemagne.
En attendant son arrivée, les propos de Mario Draghi sur la santé économique de la zone euro et sur l’impact des incertitudes internationales, liées notamment au Brexit et aux tensions commerciales, sur les perspectives de croissance seront scrutés.
Un bilan controversé
Le banquier central devrait également profiter de la conférence pour faire le bilan de ses huit années passées à la tête de la BCE. De nombreuses critiques ont été formulées, notamment en Allemagne, contre la politique menée par Mario Draghi et surtout contre le programme d’assouplissement quantitatif de la banque centrale, dont la reprise a été annoncée le mois dernier.
Cependant, on se souviendra de l’Italien pour avoir affirmé, en pleine crise de la dette de la zone euro, que la BCE était prête à « faire tout le nécessaire » (« whatever it takes » en anglais) pour sauver l’euro, estime Jim Leaviss, responsable de l’obligataire chez M&G. « Le ‘whatever it takes’ suivi de l’assouplissement quantitatif a sauvé les pays périphériques d’une probable faillite. Grâce à lui, l’euro existe encore. C’est énorme. Merci monsieur Draghi », renchérit Frédéric Rollin, stratégiste chez Pictet Asset Management.
Cependant, le nouveau train de mesures adopté en septembre montre bien que « la BCE a atteint certaines limites », ajoute-t-il, en soulignant notamment l'échec de la politique monétaire à relancer l’inflation.
Christine Lagarde disposera encore d’options à l’avenir, ajoute Frédéric Rollin, en citant notamment un possible contrôle de la courbe des taux et le recours à l’hélicoptère monétaire, une politique qui consiste à créer de la monnaie pour la distribuer directement aux citoyens. Mais elle devra « convaincre les gouvernements de mettre la main à la poche » et « compte tenu des endettements astronomiques de certains états, est-ce bien raisonnable ? », s’interroge le stratégiste.
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