La BCE fait un tout petit pas vers la normalisation
La BCE prend acte de la disparition du risque déflationniste. Le fait que son président Mario Draghi ait évacué hier lors de la conférence de presse suivant la réunion du Conseil des gouverneurs le risque de déflation, et donc le recours à de nouvelles mesures d’assouplissement, est une situation inédite depuis l’introduction du QE. D’autant plus que la BCE a également dans le même temps élevé ses prévisions d’inflation pour cette année et 2018 à des niveaux respectifs de 1,7% (+0,4 point) et 1,6% tout en conservant à 1,7% celle pour 2019, après avoir atteint le Graal des 2% en février. Le taux de swap inflation européenne 5 ans dans 5 ans s’est redressé hier de 5 pb à un niveau de 1,71%, tout en restant inférieur à son point haut de 1,8% atteint à la fin du mois de janvier.
Optimisme pour la croissance
Contrairement à ce qui était anticipé par certains, la BCE n’a pas évoqué de nouveau TLTRO de prêts à long terme aux banques pour financer l’économie réelle, Mario Draghi ouvrant même la porte à une hausse de taux avant la fin du QE. L’autorité s’est aussi montrée nettement plus optimiste concernant les perspectives d’activité, avec une croissance attendue à 1,8% cette année puis à 1,7% sur 2018, avec des risques qui ont selon elle reculé depuis sa dernière réunion du mois de janvier. «Les indicateurs de confiance suggèrent que la reprise cyclique pourrait être en train de prendre de l'élan», a ajouté Mario Draghi. Ce dernier s’est dit peu inquiet sur un risque de crise de l’euro liée à une éventuelle sortie d’un des pays de la zone, pourtant à l’origine de tensions récentes sur les spreads.
Les marchés ont réagi positivement à cette inflexion du discours de la BCE par une hausse de l’euro, mais limitée à 0,5% face au dollar et face au yen. L’euro-dollar est même revenu sous le seuil de 1,06 autour duquel il s’est stabilisé depuis environ un mois. Dans le même temps, si les rendements d’Etat se sont tous tendus, la sous-performance du Bund allemand à 10 ans face aux obligations des autres pays a permis aux spreads de détendre. La BCE a en effet dans le même temps incité à la patience compte tenu du manque d’effets de second tour sur l’inflation, notamment sur l’évolution des salaires. Cette atonie de l’inflation sous-jacente lui permet de maintenir son rythme de rachats d’actifs à 60 milliards d’euros par mois au moins jusqu’à fin décembre et les taux bas pour une durée prolongée.
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