La BCE doit rassurer sur son processus de normalisation monétaire
Les marchés attendent de pied ferme la réunion du Conseil des gouverneurs de la BCE de jeudi, après le discours jugé plus dur de son président Mario Draghi à Sintra le 27 juin, semblant ouvrir la voie à la sortie de ses mesures exceptionnelles de rachats d’obligations. Une enquête menée par Reuters la semaine dernière montre qu’elle devrait attendre jusqu’en septembre avant d’annoncer une baisse progressive de son rythme mensuel de rachats de 60 milliards d’euros à partir de début 2018. En attendant, la BCE devrait laisser la situation ouverte et conserver de la flexibilité en calant sa communication (forward guidance) sur celle de la Fed, qui conditionne depuis 2014 le rythme de sa normalisation aux évolutions de la croissance et de l’inflation.
«Les questions posées à Mario Draghi lors de la conférence de presse risquent de se concentrer sur la capacité de la BCE à réduire l’assouplissement monétaire sans entraîner un durcissement excessif des conditions financières», estime SG CIB. Si les propos tenus à Sintra ont appuyé sur la volonté de conserver des conditions financières «à peu près stables» en zone euro, ils ont pourtant eu l’effet inverse. Le rendement du Bund allemand à 10 ans s’est tendu de 35 pb depuis mi-juin et de 77 pb depuis son plus bas de -0,19% il y a environ un an, pour remonter à 0,58%, son plus haut niveau depuis le mois de décembre 2015. L’euro s’est quant à lui fortement apprécié contre toutes devises, et notamment de 3% face au dollar en un mois et de 10% depuis ses points bas de fin 2016.
«Le Conseil des gouverneurs devrait souhaiter en premier lieu éviter un resserrement involontaire des conditions financières, qui s’est manifesté par des anticipations de hausses des taux dans les 12 à 24 mois, ainsi que par une hausse des rendements réels sur la partie longue de la courbe», estime RBC Capital Markets. Depuis l’intervention de Mario Draghi à Sintra, le marché des contrats futures Eonia anticipe désormais un retour du taux de dépôt à 0% d’ici fin 2019, lorsque la BCE prévoit que l’inflation sera revenue à 1,7%. «Si les anticipations de taux courts ne sont pas bien ancrées tout au long de la durée de vie du programme de rachat d’actifs et sont laissées dériver à la hausse, alors tout l’exercice d’assouplissement monétaire est voué à l’échec», a alerté récemment Peter Praet, le chef économiste de la BCE.
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