Joe Biden redouble d’efforts pour la relance
Joe Biden annoncera jeudi les contours d’un nouveau plan de soutien à l’économie que le futur président a jugé urgent. Le programme de soutien de 900 milliards de dollars (4,5% du PIB) adopté fin décembre – également afin d’autoriser le dépassement des dépenses gouvernementales et d’éviter un «shutdown» - constituait seulement un «acompte» de l’aide dont ont besoin les Américains. Ce programme de décembre était notamment constitué d’un versement direct de 600 dollars par adulte (environ 180 milliards), d’une indemnité complémentaire de 300 dollars par semaine aux différents systèmes d’assurance-chômage jusqu’en mars (120 milliards) et d’une rallonge au Paycheck Protection Program (PPP) de prêts garantis à destination des PME (284 milliards), en plus d’aides diverses aux écoles, vaccins, logements, ou à certains secteurs : aériens, spectacles, etc.
«La recherche économique confirme que dans un contexte de crise comme aujourd’hui, particulièrement avec des taux d’intérêt aussi bas, entreprendre une action immédiate, même en la finançant par le déficit, contribuera à aider l’économie, à long terme comme à court terme», a déclaré Joe Biden. Pour le nouveau plan, qui pourrait dépasser 700 ou 800 milliards, le futur président américain souhaiterait notamment porter le versement de l’aide directe aux foyers de 600 à 2.000 dollars par adulte (un budget de 400 milliards), et s’est à nouveau déclaré favorable au relèvement du salaire minimum à 15 dollars de l’heure. Il inclurait aussi probablement 100 à 200 milliards d’aides aux Etats et collectivités car Joe Biden ne souhaite pas passer les mesures une par une.
Obstacles surmontables ?
Les élus démocrates semblent pressés, peut-être pour profiter de l’euphorie autour de la victoire, et du désarroi républicain après les événements du Capitole. Peut-être aussi trop pressés, à en croire les premières critiques qui, déjà, avancent que des mesures davantage ciblées sur les populations touchées seraient plus judicieuses à court terme, associées à une relance de l’investissement à moyen terme… La perte nette de 140.000 emplois en décembre, pour la première fois depuis le printemps, pourrait aussi aider à convaincre quelques sénateurs républicains de voter un tel plan de soutien rapidement.
Sachant que le démocrate Joe Manchin (Virginie-Occidentale) pourrait faire pencher la balance à chaque vote au Sénat pendant les deux prochaines années, que la «filibuster rule» permettant de bloquer la plupart des projets de lois sans la super-majorité de 60 voix au Sénat ne devrait pas être modifiée, et que le Congrès n’utilise en pratique la procédure de réconciliation (avec un vote à la majorité simple de 50+1 voix au Sénat) qu’une fois par an (au lieu des trois questions budgétaires distinctes sur lesquelles il le pourrait), «l’administration Biden sait qu’elle devra probablement choisir ses batailles avec soin, rappelle Gilles Moëc, chef économiste d’Axa IM. Cela suggère que s’il est obligé d’utiliser ce processus pour passer son stimulus à court terme maintenant, son plan de relance à moyen terme attendra 2022», poursuit-il, conscient que ce deuxième plan (infrastructures, transition énergétique, ObamaCare+) sera plus difficile mais pas impossible à faire passer. L’analyste rappelle que le vote démocrate de novembre s’est fondé sur une «coalition de minorités» et une position favorable aux traditionnels «cols blancs» sur les questions économiques : avec le défaut de laisser de côté la classe ouvrière blanche, qui a de nouveau voté pour Donald Trump, mais peut-être l’avantage de recréer un espace pour les républicains «non populistes» susceptibles de soutenir certains projets.
Repentification de la courbe
Pour autant, la perspective d’une relance budgétaire équivalant à 10% du PIB dès 2021 serait mitigée pour la Fed. D’autant plus si «une inflation comparée (notamment due à un rebond du prix de l’énergie, ndlr) tire l’indice des prix à la consommation aux Etats-Unis vers le haut», s’inquiétait mardi John Plassard, spécialiste en investissement de Mirabaud. Alors que beaucoup avaient estimé cet automne qu’il y avait peu de risques d’en faire trop sur le plan budgétaire, la question se pose de savoir jusqu’où la banque centrale s’adaptera à l’offre de bons du Trésor. Si la relance ne compense pas les effets de la crise et entraîne une demande plus faible, elle devrait acheter davantage de titres ; si en revanche le plan les compense correctement au moment où l’économie pourrait se normaliser grâce aux vaccins, la Fed pourrait avoir du mal à justifier longtemps une politique d’achats trop accommodante, et devrait laisser aller une repentification de la courbe reflet d’une hausse des anticipations d’inflation.
«Cela nous ramène à la nouvelle stratégie de la Fed sur un ciblage moyen de l’inflation. Cette stratégie est une promesse ‘de ne pas faire’ quelque chose à l’avenir, d’attendre plus longtemps pour normaliser la politique monétaire pour un niveau d’inflation donné. Les prévisions de la Fed sont une promesse ‘de faire plus’ si l’environnement macroéconomique se détériore. Entre les deux, il manque à la Fed un engagement théorique qui permet, comme pour la Banque centrale européenne (BCE) avec le plan d’urgence, de maintenir les conditions financières inchangées», note Gilles Moëc. Une annonce explicite pourrait amener le marché à faire une pause, et à y repenser avant de pousser plus loin des taux américains qui atteignaient 1,16% à 10 ans mardi.
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