Jerome Powell temporise avant d’agir quand ce sera approprié
L'économie américaine se trouve dans une situation «favorable» et la Réserve fédérale agira de manière «appropriée» pour assurer la poursuite de l’expansion économique, a déclaré vendredi Jerome Powell, le président de la banque centrale américaine dans son intervention au symposium économique de Jackson Hole (Wyoming). Pour certains observateurs, ce discours tant attendu aura été un peu vague, voire décevant, apportant trop peu d'éléments nouveaux sur l'éventualité d’une baisse de taux en septembre.
Jerome Powell a énuméré une série de risques économiques et géopolitiques, dont la Fed surveille l'évolution en notant que nombre d’entre eux sont liés à la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. «L’investissement des entreprises et l’industrie manufacturière se sont affaiblis mais une croissance solide de l’emploi et la hausse des salaires ont tiré une consommation robuste et soutenu une croissance globale modérée», a-t-il expliqué, tout en estimant que l’économie restait proche des deux objectifs - en termes d’emploi et d’inflation - du mandat de l’institution.
Alors que certains attendaient qu’il soit beaucoup plus interventionniste pour rattraper les relèvements de taux «prématurés» fin 2018, le banquier central a quand même rappelé que des baisses de taux avaient contribué à prolonger la phase d’expansion dans les années 90. Comme pour justifier la baisse des taux Fed funds – la première depuis 2008 – de 25 pb par le comité de politique monétaire (FOMC) du 31 juillet. «Jerome Powell a détaillé l’approche de ‘risk management’ envisagée ces dernières semaines, ce qui laisse penser que le projet est d’effectuer une ou deux baisses supplémentaires de taux cet automne, estime Bastien Drut, stratégiste chez CPR AM. Comme une opération de communication coordonnée, avec les mêmes éléments de langage que ceux utilisés cette semaine par des présidents de Fed régionales aussi divergents que James Bullard (Saint-Louis), et Loretta Mester (Cleveland) ou Robert Kaplan (Dallas).»
«La reconnaissance du fait que ‘les changements dans la trajectoire anticipée de la politique ont assoupli les conditions financières et contribué à expliquer pourquoi les perspectives d’inflation et d’emploi restent favorables’ ne ressemble certainement pas aux propos d’un banquier central déterminé à lutter contre le marché obligataire», écrit aussi Paul Ashworth, économiste US de Capital Economics, qui attend également deux nouvelles baisses de 25 pb, en septembre puis en décembre.
Jerome Powel a justifié cette approche «préventive» par le temps d’impact des décisions du FOMC sur l’économie, face à une montée des risques qu’il juge cependant modérés pour la stabilité financière, tout en restant vigilant face aux événements survenus depuis fin juillet. «La Fed continue de s’appuyer sur les statistiques économiques au jour le jour, et de ce point de vue, elle n’a encore pas les arguments pour engager un ‘vrai’ cycle de baisse des taux», poursuit Bastien Drut, évoquant quand même un secteur manufacturier en contraction pour la première fois depuis dix ans et des créations d’emplois revues mercredi à la baisse par le BLS, de 501.000 unités à fin mars sur un an (42.000 par mois)…
Juste après ce discours de Jerome Powell que le président américain Donald Trump a de nouveau largement critiqué, ce dernier répondait à la Chine après l’annonce par Pékin d’un nouveau relèvement des droits de douane, et aggravait la réaction des marchés actions (-2% pour le S&P 500), tandis que les rendements des taux chutaient d’environ 6% sur presque toutes maturités au-delà de deux ans.
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