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Entre risques et opportunités, quelle direction prendra l’économie française ?
Depuis un mois, le conflit en Iran bouleverse les équilibres déjà fragiles et frappe les économies du monde entier, en premier lieu celles qui consomment des matières premières et des produits dérivés en provenance de cette région. Les premières mises à jour des perspectives économiques révisent déjà nettement la croissance à la baisse et l’inflation à la hausse. En France, le mot « résilience » dans toutes les bouches en ce début d’année a ainsi laissé place aux expressions « choc pétrolier » et « stagflation ».
Dans le même temps, la marche en avant de l’IA se poursuit, sans pour autant lever toutes les interrogations que cette révolution numérique emporte avec elle. Un demi-siècle après le premier choc pétrolier, la France n’a toujours pas de pétrole. Aura-t-elle la bonne idée d’accélérer son apprentissage et son adoption de l’IA ? Faisons le point sur cette situation inédite entre risques et opportunités.
Comme tant d’autres, l’économie française est frappée par la guerre en Iran…
Dans ses dernières perspectives économiques, la BCE a révisé à la baisse la croissance de la zone euro − de 0,3 à 0,8 point − et à la hausse l’inflation − de 0,7 à 2,5 points − selon le scénario retenu, central ou très défavorable. Quelques jours plus tard et sous les mêmes hypothèses, la Banque de France révise à son tour ses prévisions pour l’économie hexagonale : −0,1 à −0,7 point pour la croissance et +0,4 à +2,0 points pour l’inflation. Trois remarques s’imposent. La première porte sur le scénario central, qui se trouve être en réalité un scénario optimiste. En telles circonstances, nous retrouvons ici le biais que peuvent avoir les institutions pour ne pas amplifier le choc en raison d’anticipations autoréalisatrices. La deuxième remarque porte sur la largeur de l’estimation, qui illustre l’ampleur de l’incertitude du moment. La troisième remarque concerne l’économie française, qui serait un peu moins affectée en raison d’une moindre dépendance à l’énergie fossile et aux importations d’hydrocarbures en provenance du Moyen-Orient.
Les premiers indicateurs conjoncturels ne disent pas autre chose. Le climat des affaires recule de 0,6 point en mars, à 96,9, s’écartant significativement de sa moyenne de long terme (100). Dans l’industrie, le recul est plus marqué encore : −3 points à 98,7. Si l’année 2025 avait fait preuve de résilience sur le front de la croissance, elle avait également suscité quelques inquiétudes en raison de l’origine de celle-ci : les stocks et la demande publique. Ces derniers événements géopolitiques ne sont pas de nature à rallumer les moteurs privés de la croissance que sont la consommation des ménages ou l’investissement des entreprises. Et en l’absence de marges de manœuvre budgétaires, avec un déficit et une dette à 5,1 % et à 115,6 % du PIB respectivement, il sera difficile de contenir le choc au-delà des stabilisateurs automatiques.
Au cours des six dernières années, l’économie européenne a ainsi déjà traversé 3 crises. Les chocs passent et laissent à chaque fois une dette plus importante. Dans le cas de l’économie française, le principal risque réside dans le déclassement au sein du concert des nations. Les forces historiques, à l’image de sa natalité, sont remises en question. Inférieure à 2 enfants par femme depuis 2015, la fécondité recule et la population vieillit. Les dépenses sociales, pensions de retraite et frais de santé, resteront dynamiques. Les faiblesses historiques, à l’image des finances publiques, deviennent problématiques avec un taux d’intérêt apparent de la dette désormais supérieur au taux de croissance nominal du PIB. Dans ses dernières perspectives de l’économie mondiale, l’institut Rexecode estime même que les charges d’intérêt sur la dette pourraient doubler d’ici 2030.
… et par la révolution numérique !
Depuis quelques années déjà, l’intelligence artificielle fait partie de notre quotidien. À l’image de la nouvelle économie et de l’apparition et l’adoption des technologies de l’information et de la communication, elle contient des promesses qui restent encore à confirmer.
Que dit la littérature économique ? Force est de constater qu’il n’y a pas de consensus. À horizon 10 ans, Daron Acemoglu [1] estime que l’IA utilisée à des fins d’amélioration de la productivité au niveau des tâches a des effets macroéconomiques non négligeables, mais modestes, d’un accroissement d’au mieux 0,7 % de la productivité totale des facteurs. Philippe Aghion et al. [2] indiquent quant à eux une hausse médiane d’au moins 6,8 % de cette même productivité totale des facteurs. Des estimations qui s’écartent ainsi d’un rapport supérieur de 1 à 10 entre ces deux récents prix Nobel d’économie !
Que disent les données françaises ? En 2025, la croissance de l’investissement des entreprises a été à peine positive (+0,2 %). Cette croissance masque toutefois des dynamiques diamétralement opposées : −2 % pour l’investissement en produits manufacturés et en construction mais +4 % pour l’investissement en information-communication et en services aux entreprises. Dans le même temps, jamais les industriels français interrogés par l’Insee n’ont signalé une part aussi élevée d’investissements destinés à la modernisation et à la rationalisation de la production (cf. figure).
S’agirait-il des prémisses de la révolution numérique et de la volonté des entreprises françaises de prendre ce virage ? Une chose est sûre, dans le processus parfois long d’apprentissage d’une technologie disruptive, la 1ère étape consiste nécessairement à se doter de ces nouvelles solutions. Reste une 2e étape d’appropriation par les salariés de ces solutions puis une 3e étape d’intégration concrète dans le processus de production et de création de valeur des entreprises. Comment mesurer l’avancée concrète de la révolution de l’IA ? Un indicateur s’impose, la productivité apparente du travail. Si sur les cinq dernières années, elle est restée atone en raison du choc Covid, elle affiche toutefois une croissance de 0,9 % en 2025, retrouvant pour la première fois celle qui prévalait pré-Covid. Pour élever ce niveau de croissance et transformer cette révolution en opportunité pour l’économie française, il reste à s’approprier au quotidien les solutions IA et se placer dans une logique apprenante pour faire autrement.
Winston Churchill disait qu’« un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté. ». Dans cette période trouble où les difficultés se multiplient, soyons malgré tout optimistes et faisons de cette révolution numérique une opportunité pour élever le potentiel de croissance de l’économie française et contribuer à dépasser les risques.
[1] The Simple Macroeconomics of AI, Daron Acemoglu, Massachusetts Institute of Technology, April 2024.
[2] AI and Growth: Where Do We Stand?, Philippe Aghion et Simon Bunel, June 2024.
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