Deutsche Börse et le LSE défendent leur union à Bruxelles
Les Bourses de Francfort et de Londres ont franchi hier un pas important dans leur projet de fusion annoncé en février. Deutsche Börse (DB) et le London Stock Exchange (LSE) ont notifié à la Commission européenne leur dossier, donnant le top départ à plusieurs mois d’enquête et de négociations. Le gendarme européen de la concurrence est désormais libre d’interroger officiellement les parties mais aussi leurs concurrents et les acteurs du marché. Les deux Bourses pourront intensifier leurs échanges d’informations.
Bruxelles devra rendre un premier avis le 28 septembre sur la compatibilité de ce rapprochement avec les règles de concurrence.
Alors que son projet de fusion avec Euronext avait été rejeté en février 2012, DB compte cette fois jouer sur l’arrivée en Europe de la concurrence américaine du CME et de ICE dans le trading et la compensation des produits dérivés, mais aussi insister sur la complémentarité de leurs activités, pour obtenir un feu vert. Le LSE s’impose en effet davantage sur les marchés comptant, les titres à taux fixe et les dérivés OTC, tandis que Francfort est quasiment absent de ce type de transactions (hors Allemagne) et s’est forgé une position compétitive sur les marchés de dérivés organisés.
450 millions d’euros de synergies annoncés
Après le référendum britannique du 23 juin, l’opération a pris de surcroît une dimension politique dont certains observateurs ont estimé qu’elle la menaçait. L’accès des infrastructures de la City à la liquidité de la Banque centrale européenne (BCE) s’annonce en effet comme un des points délicats des négociations à venir entre les Vingt-Sept et le Royaume-Uni. Pour DB, toutefois, le projet ne sera pas pénalisé. Elle veut même présenter l’opération, pour une valeur d’environ 27 milliards d’euros, comme une manière de préserver l’accès de Londres à la zone euro. Un avis apparemment partagé par la Bundesbank dont un des membres du directoire, Andreas Dombret, a assuré en juillet que «la fusion annoncée jetait potentiellement un pont» entre l’Europe à Vingt-Sept et le Royaume-Uni. La localisation à Londres du siège du futur ensemble continue toutefois de soulever des réserves, particulièrement en Allemagne.
Les deux institutions une fois fusionnées comptent tirer l’essentiel des 450 millions d’euros de synergies annoncés du rapprochement de leurs chambres de compensation, LCH (Londres et Paris) et Eurex (Francfort), sans toucher aux entités juridiques elles-mêmes mais en permettant aux clients de concentrer leur portefeuille dans l’une des deux de façon à limiter les appels de marge. De quoi inquiéter les autorités prudentielles qui pourraient y voir une source d’augmentation du risque systémique. Les deux chambres continueront à opérer séparément, insiste toutefois une source interne, et elles se coordonneront en matière de gestion du risque de défaut tout en conservant leur propre ligne de défense. Hier, la Commission européenne n’était pas en mesure de dire si cet aspect serait pris en compte dans l’enquête qu’elle vient d’ouvrir.
Passé le délai du 28 septembre, si elle ne formule ni blanc seing ni rejet, Bruxelles peut poursuivre l’enquête sur le fondement d’une notification de griefs et exiger des amendements significatifs. De source proche de l’opération, on considère d’ailleurs que, compte tenu du nombre d’autorisations à recueillir dans le monde entier, la procédure pourrait se poursuivre au premier semestre 2017.
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