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Cession-transmission : avant qu’il ne soit (vraiment) trop tard
Contrairement à une idée trop couramment admise, le vieillissement des dirigeants n’entraîne pas une hausse des cessions, ni en nombre, ni en fréquence. Celles-ci ont d’ailleurs reculé sur la dernière décennie, même en tenant compte du fort rebond post-Covid en 2022.
D’après les chiffrages de BPCE L’Observatoire, les opérations impliquant des cédants de plus de 60 ans ne représentent d’ailleurs guère plus de 20% (pour les TPE) à 30% (pour les PME) des opérations. Néanmoins, la fin d’activité professionnelle est l’angle mort de la cession-transmission et constitue un enjeu central pour la préservation du tissu de PME du pays. Numériquement d’abord, la proportion de dirigeants de PME âgés de plus de 60 ans est passée de 15% à 25% entre 2005 et 2020, celle des 66 ans et plus passant dans l’intervalle de 5,5% à 11,3%. En termes opérationnels ensuite, l’écart entre les intentions de cession et le nombre effectif d’opérations devient un véritable fossé à partir de 60 ans, dressant un constat d’échec de la transmission dans la perspective de la retraite. Qualitativement enfin, la perspective de la transmission induit un comportement de désendettement et de sous-investissement du dirigeant âgé qui, prolongé quelques années, entretient un cercle vicieux de perte de valeur de l’actif économique, de moindre attractivité pour les repreneurs et de dévitalisation de l’entreprise. Cette dynamique est particulièrement sensible pour l’industrie et l’agriculture, pourtant au premier rang des priorités économiques du pays.
La petite et moyenne industrie, un cas d’école
L’industrie, parce que ses activités supposent plus systématiquement une accumulation de capital difficile à mobiliser ex-ante dans le cadre d’une création, mais aussi parce qu’elle joue un rôle important dans la compétitivité et dans les capacités exportatrices du pays, constitue un cas d’école de la contribution de la cession-transmission en fin d’activité à la préservation du tissu productif. En effet, la plupart des sous-secteurs industriels, en particulier l’habillement, l’imprimerie, les productions électriques et informatiques, et la chimie, figurent parmi les activités économiques les plus touchées par le vieillissement des dirigeants de PME.
La forte proportion de dirigeants âgés parmi les PMI ne tient pas seulement aux valeurs extrêmes de certaines activités en déclin : hors agroalimentaire, un grand nombre de spécialités industrielles avaient déjà en 2016 une part de 25 à 30% de dirigeants de plus de 60 ans. Cette généralisation du vieillissement à un large spectre d’entreprises industrielles pèse nécessairement sur l’investissement global des filières concernées et sur la capacité de ces sociétés à se saisir de nouveaux marchés ou à adopter de nouvelles technologies.
A lire aussi : La transmission d’une entreprise s’anticipe sur le long terme
De plus, le suivi spécifique des transferts dans l’industrie montre que le pic de fréquence des opérations non familiales intervient à 62-63 ans puis se réduit drastiquement pour se stabiliser après 67 ans. A partir de cet âge, il devient tout autant probable que l’entreprise soit vendue, transmise au sein de la famille ou bien disparaisse.
Statistiquement, l’avancée en âge signifie une nette réduction de la probabilité de cession, celle-ci s’appliquant désormais à une population de plus en plus large. Il est à craindre que les prochaines années voient se poursuivre la montée du vieillissement des patrons de PMI puis celle, décalée, du taux de disparition. C’est ainsi que le déficit croissant de cessions-transmissions en fin d’activité professionnelle concourt chaque année à gonfler un potentiel de «non-reprises» qui seraient en partie évitables, mais risquent de se révéler un jour irréversibles.
Un enjeu de transformation pour l’agriculture
D’après l’enquête BPCE-BVA de 2023, 26% des agriculteurs envisagent de ne plus travailler sur leur exploitation dans les cinq ans et un agriculteur sur deux a plus de 55 ans. Le volume de départs s’annonce donc massif dans les cinq à dix prochaines années. Même quand ils sont à la tête d’exploitations moyennes ou grandes, seulement 41% des agriculteurs de plus de 55 ans estiment que la reprise de leur exploitation est assurée.
Au-delà des enjeux individuels liés à la fin d’activité, il s’agit d’une question majeure pour la compétitivité de l’agriculture française. D’une part, les exploitants de moins de 55 ans sont à tous égards davantage investis dans une dynamique de transformation, de diversification, et développent un modèle de production et de gouvernance plus adapté aux enjeux à la fois environnementaux, économiques et humains de l’agriculture.
D’autre part, les agriculteurs de plus 55 ans dont la reprise est assurée sont 64% à envisager des investissements dans les deux ans, contre 36% parmi ceux estimant que leur exploitation ne sera pas reprise. A âge égal, l’anticipation de la reprise contribue donc à allonger l’horizon de l’exploitant, lui permettant de projeter des investissements au-delà de sa fin d’activité, ce qui est doublement vertueux : à l’échelle individuelle, cela préserve la valeur de l’outil de production, à l’échelle collective, cela contribue à préserver la compétitivité moyenne des exploitations françaises.
Améliorer les conditions de la reprise et faciliter la transition démographique dans le temps apparaît donc comme un enjeu central pour l’agriculture française et son adaptation à un contexte dont les exploitants ont pleinement conscience qu’il s’est transformé.
Les exemples de l’industrie et de l’agriculture montrent l’urgence d’une relance de la cession-transmission, moins par la fiscalité des cédants que par un soutien aux repreneurs, pour rééquilibrer les aides avec la création et élargir leur recrutement au-delà des profils qui sont centrés sur les seules entreprises à fort potentiel.
Achevé de rédiger le 16 novembre 2023.
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