Buenos Aires semble toujours naviguer à vue face à ses créanciers récalcitrants

Le pays, qui mêle signes de bonne et de mauvaise volonté, pourrait consentir un versement initial afin de faire durer les négociations
Benoît Menou

Les pouvoirs publics argentins continuent de souffler le chaud et le froid face à des créanciers obligataires qualifiés de «vautours» puisqu’ayant refusé depuis des années les conditions de la restructuration de la dette du pays dans l’unique but selon Buenos Aires d’engranger d’énormes profits. Ce jugement infligé aux fonds alternatifs emmenés par NML Capital, une entité d’Elliott Management, le gouvernement argentin a décidé de l’afficher en pleines pages ce week-end dans les colonnes de journaux américains, du Wall Street Journal au New York Times ou au Washington Post. Il s’agit pour l’Argentine de gagner à sa cause l’opinion aux Etats-Unis et ainsi de faire pression sur des créanciers à qui le pays doit 1,3 milliard de dollars suite à une décision la semaine passée de la Cour suprême américaine.

Refusant de se prononcer sur le dossier, cette dernière a de fait contraint l’Argentine à solder ses comptes avec les récalcitrants avant de pouvoir honorer ses engagements envers les créanciers ayant accepté les termes de la restructuration. Or, le prochain versement prévu pour ces derniers est prévu le 30 juin. Faute de paiement, le pays sera déclaré en défaut technique un mois plus tard.

Depuis une semaine, les pouvoirs publics argentins sèment le doute sur leurs intentions. Vendredi, la présidente Cristina Fernandez a assuré que le pays était disposé à négocier avec l’ensemble de ses créanciers. Hier, le quotidien argentin La Nacion citait des sources gouvernementales anonymes selon lesquelles le pays pourrait chercher à consentir dans un geste de bonne foi un versement initial de 300 à 400 millions de dollars aux créanciers contestataires afin de gagner le droit de poursuivre les négociations jusqu’à une issue espérée en janvier prochain. Le solde de tout compte pourrait bien alors être versé sous la forme d’obligations à long terme, un procédé comparable à celui tout récemment utilisé dans le cadre des accords noués avec le Club de Paris et avec Repsol suite à la saisie d’YPF. Un tel scénario reste toutefois soumis à l’approbation tant des fonds alternatifs frondeurs que de la justice américaine.

Dans ce contexte fort incertain, le Fonds monétaire international a évoqué vendredi dans un rapport une refonte de sa stratégie de soutien aux pays en difficultés. Le FMI pourrait exiger avant toute aide un rééchelonnement des dettes. Il s’agit selon un rapport de réduire le coût de la crise tant pour les Etats en difficultés que pour leurs créanciers.

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