Bruxelles et le rapport Draghi : de l’audace, encore de l’audace !
Quand l’Histoire frappe à la porte, certains ont l’ouïe plus fine que d’autres. Confrontés au retrait du parapluie militaire américain, l’Allemagne et son prochain chancelier Friedrich Merz ont mené, en à peine un mois, leur révolution copernicienne. Le vote d’un plan d’investissement massif au Bundestag signe de la part de Berlin et des partis de gouvernement un tournant sans précédent depuis la réunification du pays. On ne peut, pour l’heure, en dire autant du plan que la Commission européenne a dévoilé mercredi pour relancer l’Union des marchés de capitaux, désormais rebaptisée Union de l’épargne et l’investissement.
La mission est claire : donner corps au rapport Draghi de septembre 2024, qui a documenté la perte de compétitivité de l’Europe et appelé à une révision radicale de son modèle économique. Le continent dispose d’un trésor, l’épargne des Européens, qu’il convient de brancher sur nos besoins de financement dans l’innovation, la défense et la transition verte.
Le «choc d’investissement» prôné dans le rapport appelait une réponse énergique, hors des sentiers battus. La Commission partage la sévérité du diagnostic, moins l’urgence du moment. Certaines réformes vont enfin dans le bon sens, lorsqu’il s’agit de favoriser les placements en actions des assureurs et des fonds de pension ou de libérer le bilan des banques grâce à la titrisation. L’industrie financière les réclame de longue date et s’en réjouira. D’autres relèvent d’un maximalisme technocratique. A quoi bon annoncer d’ici à la fin de l’année une refonte de l’inutile plan d’épargne retraite individuelle européen, un produit voué à l’échec dès sa création ? Ou promettre, en 2026, un énième rapport sur la compétitivité des banques, pour lesquelles tout a déjà été dit et écrit ?
La feuille de route manque enfin de substance sur des pans essentiels à la fin de la fragmentation financière en Europe : un droit des faillites harmonisé, une vraie supervision unifiée pour les acteurs qui enjambent plusieurs juridictions plutôt qu’une vague référence à des transferts de compétences entre autorités nationales et européennes.
L’Union européenne risque surtout de donner raison à Mario Draghi, qui l’invitait à réviser sa gouvernance afin de pouvoir agir comme jamais elle ne l’avait fait jusque-là. Les réponses de la Commission se déploient dans le cadre d’un processus de décision à Vingt-Sept et en «trilogue», d’une lenteur anachronique. Là où Berlin choisit le saut quantique, Bruxelles raisonne toujours avec les lois de la physique classique. L’Europe pourra-t-elle se le permettre encore longtemps ?
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