Faucon et colombe, défenseur de l’indépendance des banques centrales mais critique de la Fed, Kevin Warsh fait un successeur ambigu à Jerome Powell. Mais on peut lui accorder le bénéfice du doute. L'éditorial d’Alexandre Garabedian.
Alexandre Garabedian, directeur de la rédaction de L'Agefi
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En préférant Kevin Warsh à Kevin Hassett pour la présidence de la Réserve fédérale américaine, Donald Trump a sans doute évité le pire des choix possibles. Les marchés de taux et de change n’auraient pas eu une réaction aussi modérée si l’hôte de la Maison-Blanche avait propulsé son conseiller économique, totalement aligné sur ses positions, au poste le plus exposé de la finance mondiale. Le président américain, auquel n’a pas échappé le récent mouvement de défiance vis-à-vis du dollar, a-t-il pour autant choisi le meilleur des candidats, avec ce juriste de 55 ans diplômé de Harvard ?
Encore faudrait-il savoir de quel Kevin Warsh l’on parle. Du faucon qui, lors de son premier passage au board de la Fed entre 2006 et 2011 prônait des hausses de taux, ou de la colombe qui juge désormais souhaitable d’accélérer les baisses ? Du gouverneur qui, en mars 2010, intitulait l’un de ses discours Ode à l’indépendance , ou du candidat qui a repris à son compte les violentes attaques de Donald Trump contre le processus de décision de la Fed et l’irresponsabilité supposée de ses membres ? Sur un point au moins, le successeur désigné de Jerome Powell n’a pas varié : il s’est toujours inquiété de l’expansion du bilan de la banque centrale, voyant dans l’assouplissement quantitatif un dévoiement de son mandat et une atteinte à sa crédibilité et à sa légitimité démocratique.
En 2017, déjà en lice pour la présidence de la Fed, l’époux de la petite-fille d’Estée Lauder avait échoué à convaincre Donald Trump : trop jeune, trop photogénique, trop orthodoxe dans son approche. Plus opportuniste, le Kevin Warsh de 2026 a mûri ses convictions, censées dans son esprit prendre le pas sur les données économiques pour guider la politique monétaire. Il considère comme temporaire l’impact des droits de douane sur les prix, et croit que les gains de productivité apportés par l’innovation permettront la désinflation, donc les baisses de taux. Il veut dégonfler le bilan de la Réserve fédérale, en se coordonnant avec le Trésor – exercice ô combien délicat, pour ne pas faire déraper à la hausse les taux courts si les liquidités venaient à manquer sur le marché monétaire, ni les taux longs. Il compte bousculer les méthodes des bataillons d’économistes de l’institution, mais devra se montrer assez diplomate pour rallier à ses vues les autres gouverneurs qui votent au Federal Open Market Committee.
C’est donc un Janus qui s’apprête à prendre les rênes de la Réserve fédérale. Mais rappelons-nous qu’à ses débuts, Jerome Powell passait lui aussi pour l’homme lige de Donald Trump. Ses deux mandats auront prouvé qu’il pouvait défendre bec et ongle l’indépendance de la banque centrale, quelle que soit la couleur politique du président des Etats-Unis. Vendredi, Kevin Warsh a reçu le soutien appuyé du premier ministre canadien Mark Carney, pourtant peu suspect de sympathies trumpistes. Si l’auteur du meilleur discours cette année à Davos et ancien banquier central juge ce choix « fantastique », il est permis d’espérer.
Wall Street avait un peu accusé le coup après la première réunion de la Fed sous Kevin Warsh mercredi. Si les investisseurs obligataires restent dubitatifs, la détente sur les prix de l’énergie synonyme de moindre inflation en cas de réouverture du détroit d’Ormuz pourrait soutenir encore un peu plus les actions et l’IA.
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