La fusée SpaceX relègue ses actionnaires au rang de spectateurs
Elon Musk a perdu son procès contre OpenAI, mais pourra bientôt se consoler avec SpaceX. Hors du commun par son montant, 75 milliards de dollars, et sa valorisation projetée, 1.750 milliards, l’introduction en Bourse du groupe de spatial et d’IA le sera aussi par sa structure de gouvernance. Selon le prospectus officiel, publié dans la nuit de mercredi à jeudi, jamais une offre au public d’une telle importance ne sera aussi favorable à un dirigeant d’entreprise. Elle relèguera les autres investisseurs au rang de supplétifs.
Nul ne s’en étonnera. Les libertariens de la Silicon Valley tiennent en piètre estime l’égalitarisme démocratique. Leur préférence pour le suffrage censitaire se concrétise depuis longtemps, dans la big tech, par l’existence d’actions à droits de vote multiple réservées aux fondateurs et à leurs proches. Il faut bien reconnaître que cette forme d’aristocratie capitalistique a fait ses preuves. Les dirigeants-visionnaires comme Jeff Bezos ou Mark Zuckerberg ont gagné le match en Bourse. Leur personnalisation exacerbée du pouvoir est un vecteur de performance autant qu’un argument de vente auprès des épargnants.
Souscrire une action SpaceX se résumera, demain, à acheter le génie supposé du capitaine Musk, en fermant les yeux sur les pertes de l’entreprise et sur un multiple de valorisation monstrueux de 94 fois le chiffre d’affaires. Le milliardaire détiendra une minorité du capital mais jusqu'à 85% des droits de vote, et ne pourra être révoqué que par lui-même. Il cumulera les fonctions tout en évitant la présence gênante de comités et d’administrateurs indépendants. L’application du droit texan et d’une clause d’arbitrage priveront en pratique les autres actionnaires de toute possibilité d’un recours public en cas de litige. Face à une telle absence de contre-pouvoirs, l’énorme package de rémunération que le PDG s’est ménagé s’il parvient à établir une colonie humaine sur Mars en deviendrait presque accessoire.
Ce régime d’exception vient de pousser plusieurs fonds de pension à s’en inquiéter à voix haute. Et pour cause, ils sont appelés à devenir des passagers clandestins de la fusée SpaceX. Sa capitalisation boursière géante et son inclusion immédiate dans l’indice Nasdaq-100, lequel s’est assis au passage sur ses exigences, exposeront mécaniquement les investisseurs qui achètent l’ensemble de la cote américaine au sort des satellites Starlink et du réseau social X. On leur souhaite d’avoir le cœur bien accroché.
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