Natixis défend son modèle de moins en moins bancaire
Encore un tour de passe-passe dont les banques mutualistes ont le secret. BPCE a annoncé mercredi soir le rachat de la majeure partie des activités de financements spécialisés (SFS) de sa banque de gros Natixis. Et qui de mieux placé pour orchestrer l’opération que Laurent Mignon, l’ancien patron de la filiale cotée propulsé au printemps à la tête de BPCE. Après la mise en extinction du Crédit Foncier cet été, le nouveau capitaine du groupe mutualiste entame un deuxième virage stratégique. Il souhaite renforcer l’ADN de banque de détail de BPCE, en lui agrégeant des métiers spécialisés (affacturage, crédit à la consommation…) déjà au service des clients des Banques Populaires et Caisses d’Epargne, dont les revenus s’érodent sous l’effet de la baisse des taux d’intérêt.
Ce big bang intervient moins d’un an après l’annonce du plan stratégique 2020 de Natixis. «Nous n’en avons pas discuté lors du plan New Dimension mais ce que nous faisons est en ligne avec [son] esprit», a assuré hier François Riahi, le nouveau directeur général de Natixis, devant les analystes financiers. Dix ans après la crise des subprimes et le sauvetage de la banque cotée, le projet suscite tout de même des inquiétudes en interne. «Le pôle SFS était censé nous apporter de la stabilité grâce à des revenus solides et plus résilients aux crises des marchés que la gestion d’actifs et la banque de grande clientèle (BGC : marchés de capitaux, conseil financier, financement corporate, ndlr)», juge Laurent Jacquel, délégué syndical national CFDT chez Natixis.
54% de revenus non bancaires
La direction met en avant un profil recentré sur quatre piliers : la gestion d’actifs, moteur de Natixis ces dernières années ; la BGC restructurée depuis la crise financière ; l’assurance pourtant largement au service des réseaux de BPCE ; et enfin les paiements, qui ont vocation à s’ouvrir davantage aux clients extérieurs au groupe. François Riahi pointe l’orientation, déjà ancienne, vers une banque «asset light» (moins gourmande en capitaux et liquidités). Le groupe tirera désormais plus de la moitié de ses revenus d’activités non bancaires (54% sur une base pro forma au 30 juin 2018), mais la BGC consommera encore 55% des fonds propres, montre une présentation aux investisseurs. Le groupe tirera aussi 53% de ses revenus de l’international, et seulement 16% de son client BPCE (en données pro-forma 2017).
2.700 salariés concernés
Sur le plan social, «2.700 personnes» sont concernées (dont «2.600 en France») par l’opération avec BPCE qui doit être bouclée d’ici à fin mars 2019. «Il n’y aura aucun impact sur les effectifs», a promis François Riahi. «Le projet suscite l’inquiétude car le jeu de bonneteau avec BPCE nous fait craindre que les salariés concernés perdent une partie de leurs avantages sociaux (participation, épargne salariale, frais de garde d’enfants, etc). Et d’autres métiers se disent que leur avenir chez Natixis pourrait ainsi être remis en cause du jour au lendemain», nuance Laurent Jacquel. L’information et consultation des élus du personnel débutera le 1er octobre. «D’après nos premiers éléments, les filiales métiers (affacturage, crédit-bail, cautions et garanties, et crédit à la consommation) seront transférées telles quelles, tandis qu’EuroTitres (les métiers titres au service des réseaux des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires, ndlr) et les fonctions support rejoindront BPCE Holding, indique le représentant CFDT. Cela nécessite toutefois d’être rapidement précisé car les contours ne sont pas toujours clairs. De même, nous ne savons pas comment seront traités le secrétariat général et l’informatique du pôle SFS, qui travaillent en partie pour les paiements qui, eux, vont rester au sein de Natixis. Pour éviter trop de remous, d’autres services partagés comme les ressources humaines et le juridique resteront en revanche chez Natixis et BPCE ouvrira des postes dans un deuxième temps».
Pour le moment, «nous nous attendons à un bon accueil du marché à cette opération, qui confirme la capacité du groupe à générer de la valeur pour les actionnaires», ont commenté les analystes de Jefferies. Le titre Natixis a en effet clôturé hier en hausse de 3,08% à la Bourse de Paris. La société conforte sa réputation de gâter ses actionnaires (à commencer par BPCE, qui contrôle 70% du capital). Le rachat d’une partie de ses activités SFS par BPCE va permettre à Natixis de débloquer jusqu’à 1,5 milliard d’euros de dividende exceptionnel. Sauf acquisition majeure, dans la gestion d’actifs par exemple.
Plus d'articles du même thème
-
EXCLUSIFLa banque Delubac taille dans ses effectifs pour faire face à des difficultés financières
Un plan de sauvegarde de l'emploi touchant une soixantaine de salariés est en cours. La rentabilité des activités historiques de la banque, en croissance, ne suffit pas à éponger les pertes liées au développement des cryptos. -
Vanguard se tourne vers l’investissement factoriel dans sa gestion passive
Deux nouveaux ETF dans le catalogue du gestionnaire américain. À la carte, deux styles de gestion : valeur et croissance, le tout reste passif. Dans cet univers, celui qui n’est pas à table est au menu. -
Barings ouvre son bureau à Abou Dhabi
Le gestionnaire d’actifs alternatifs développe son implantation au Moyen-Orient après l’ouverture du bureau à Dubaï.
ETF à la Une
UniCredit lance ses premiers ETF en partenariat avec BNP Paribas AM
- OTPP étudie la vente du leader français du funéraire
- Matthieu Bonte prend la direction mondiale des investissements de BNP Paribas Cardif
- La stratégie d'investissement du groupe Matmut conjugue prudence et montée en puissance
- La France fait un pas de plus vers la transparence des données vertes des entreprises
- Julien Ménard a quitté la direction des investissements d’Audiens
Contenu de nos partenaires
-
Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau adoubé par les adhérents LR pour être leur candidat
Paris - Les adhérents de LR ont donné un coup d’accélérateur dimanche à la candidature à l’Elysée du patron du parti Bruno Retailleau, distancé dans les sondages par Edouard Philippe, en le propulsant directement dans la course sans passer par la case primaire. Cette large victoire avec 73,8% des votants apporte certes de la légitimité au patron de LR, qui s’est lancé dans la présidentielle en février avant la consultation. Mais la participation de 60%, avec près de 45.000 votants, ne tue pas pour autant dans l’oeuf l’idée d’une primaire ouverte à l’automne pour désigner un unique champion pour la droite et le centre. Ce résultat était attendu: le match était d’autant plus plié qu’aucun rival n’avait émis le souhait de croiser le fer avec l’ancien ministre de l’Intérieur, qui avait conquis la présidence du parti il y a un an à peine avec le soutien de 75% des adhérents face à Laurent Wauquiez. A l'époque ce duel avait fait monter le nombre d’adhérents à plus de 120.000, mais ils n'étaient que quelque 76.000 cette fois-ci. «Je leur promets désormais d’aller jusqu’au bout pour faire gagner nos idées», a écrit sur X le Vendéen, promettant d'être un candidat de «rassemblement» et «dans un an, le président du relèvement de la France». Avec ce score, «le débat est tranché au sein de LR», assure un dirigeant du parti qui se félicite que son parti soit pour l’instant le seul à droite à avoir consulté ses membres sur la présidentielle. Même si les sondages le donnent largement derrière l’ancien Premier ministre Edouard Philippe, le président du parti n’en démord pas: «nos courbes se croiseront à l’automne», assure-t-il, convaincu que les Français sont lassés du «en même temps» et ne sont pas disposés à reconduire «un macroniste» à l’Elysée l’an prochain. Soucieux de prendre ses distances, il répète à l’envi qu’il a été «un ministre de cohabitation» pendant son année passée à Beauvau dans les gouvernements de Michel Barnier et François Bayrou. Mettant en avant son expérience, Bruno Retailleau, 65 ans, se dit aussi persuadé d'être le mieux placé pour battre au second tour Jordan Bardella si la justice met définitivement hors course Marine Le Pen en juillet. Son entourage confirme sa volonté de ramener au bercail les électeurs LR partis au Rassemblement national. Une ambition qui fait sourire l’Union des droites pour la République (UDR), le parti d’Eric Ciotti, l’ancien patron de LR qui s’est allié au RN il y a deux ans et qui s’efforce de ravir les électeurs des Républicains. «Pour cette consultation, les LR ont mobilisé les quelques adhérents qu’il leur reste et qu’ils trahiront une fois de plus», ironise l’un de leurs députés. Des soutiens discrets Sa nomination par les LR ne fera pas taire ses rivaux pour autant: Laurent Wauquiez, partisan d’une primaire ouverte qui irait du macroniste «Gérald Darmanin à Sarah Knafo» du parti d’extrême droite Reconquête, a voté blanc et dénoncé «un jeu de dupes». Chez les ténors du parti, qui ont soutenu l’an dernier Bruno Retailleau face à Laurent Wauquiez, beaucoup grincent des dents. L’ultralibéral David Lisnard a claqué la porte du parti et s’est lancé seul dans la course à l’Elysée, Jean-François Copé brandit la menace d’un «schisme» et Xavier Bertrand prépare sa propre candidature. Même embarras chez Michel Barnier, l’ex-Premier ministre défend l’idée d’un conclave pour désigner un candidat unique au sein de la droite et du centre. Et à quelques heures de la proclamation des résultats dimanche, il a dit se sentir lui-même «capable d'être président de la République», donnant rendez-vous à l’automne, à l’heure où le foisonnement des candidatures devra se décanter. Pas question d’attendre pour Bruno Retailleau, poussé par son entourage à «accélérer». «Nous sommes outsiders et il nous faut marquer des points», explique un proche qui plaide pour que le patron de LR constitue dès cette semaine son équipe de campagne. Au cours des prochaines semaines, Bruno Retailleau continuera à décliner son programme, en égrenant ses propositions sur les institutions, ou la famille. Antonio RODRIGUEZ © Agence France-Presse -
Retour vers le futurPrésidentielle 2027 : comment François Hollande joue sa carte
Trop impopulaire pour se représenter en 2017, l’ancien président socialiste peut-il réussir là où tous ses prédécesseurs ont échoué : revenir au pouvoir ? Les coulisses d’une improbable réhabilitation -
Témoin gênantL'impossible mission de la Finul au Liban
Un militaire français a été tué dans le sud du pays. Paris et l'ONU pointent du doigt le Hezbollah