BPCE acte la disparition du Crédit Foncier
L’avenir du Crédit Foncier est scellé. Après quelque 170 années d’existence, la banque spécialiste du crédit immobilier de BPCE va disparaître et ses compétences intégrées au sein des autres entités du groupe. Après avoir été validé par le conseil de surveillance, puis hier par le conseil d’administration, le projet a été présenté aux organisations syndicales représentatives et donnera lieu à une procédure d’information-consultation des instances représentatives du personnel. BPCE s’est engagé à retrouver un poste à l’ensemble des salariés concernés par la réorganisation, que ce soit au sein des réseaux Banques Populaires et Caisses d’Epargne, de Natixis, de Banque Palatine ou de la maison mère BPCE SA. En parallèle, un plan de départs volontaires sera lancé.
Initiées il y a plus d’un an, les réflexions sur l’avenir du Crédit Foncier avaient donné lieu à cinq scénarios, allant du statu quo à la transformation en banque généraliste en passant par une cession partielle ou totale. Dans un environnement rendu compliqué par le niveau des taux, qui n’a séduit aucun repreneur, c’est le schéma le moins coûteux socialement qui s’est imposé. D’autant que BPCE, qui n’était pas disponible pour réagir officiellement, a loué dans un communiqué «l’apport des compétences et des nombreux talents du Crédit Foncier».
Chute de la production de 50% depuis 2006
«Ce projet d’intégration est issu du constat que le modèle d’établissement spécialisé sur le seul segment du financement immobilier n’est plus adapté ni compétitif, principalement en raison d’une absence de bancarisation des clients et d’un refinancement exclusif sur les marchés financiers», explique ainsi BPCE. Le produit net bancaire du groupe, supérieur à 900 millions d’euros sur la période 2006-2011, a violemment décroché en 2012 et 2013 pour atteindre l’an dernier 555 millions après un rebond avorté en 2014 et 2015. Dans le même temps, les effectifs ont régulièrement fondu, passant de plus de 4.000 à 2.400 équivalents temps pleins entre 2006 et 2017.
Parallèlement à la fonte des effectifs, le Crédit Foncier avait tenté de remonter la pente à partir de 2011 en se recentrant sur son activité cœur dans l’Hexagone, au détriment de ses activités internationales, qui bénéficiaient pourtant d’un coefficient d’exploitation de l’ordre de 20%. Malgré la bonne tenue de la production auprès des particuliers, soutenue par les positions historiques du groupe sur le prêt à taux zéro et le prêt à l’accession sociale, la réduction de la production totale a été accentuée depuis 2015 par la baisse des financements d’opérateurs publics français. Au total, la production a chuté de plus de 50% depuis 2006, à 11,8 milliards d’euros en 2017.
Cette baisse de la production a conduit à un net tassement des encours, qui ont décru depuis 2010 de 118 milliards d’euros à moins de 86 milliards en 2017. Une volumétrie qui, combinée à la baisse des taux, a tiré inexorablement les résultats vers le bas. Le résultat net part du groupe est ainsi passé de 350 millions d’euros en 2006 à seulement 33 millions l’an dernier.
Bancarisation des nouveaux clients
Pour redresser la barre, BPCE entend notamment associer l’activité future de financement des particuliers intégrée au sein des Banques Populaires et des Caisses d’Epargne avec une « bancarisation des nouveaux clients ». Cela pourrait passer, selon les réseaux, par davantage de propositions commerciales sur l’ouverture de comptes courants assortis de cartes et sur l’épargne. Une manière de générer des commissions dont le Crédit Foncier était dépourvu.
Les activités de financement « corporate » seront redéployées au sein des réseaux pour le logement social, et au sein de Natixis pour le financement de projets et infrastructures, afin de générer des synergies. L’ancienne filiale du Crédit Foncier dédiée au financement des promoteurs, Socfim, ainsi que celle dédiée aux services immobiliers (conseil à la commercialisation, expertise, audit), Crédit Foncier Immobilier, deviendront des filiales directes de BPCE SA, afin de travailler pour l’ensemble du groupe. D’autres compétences du Crédit Foncier (animation de partenariats immobiliers, souscription de crédits, gestion du suivi) seront également mises au service du groupe.
En parallèle de la mise en œuvre de cette refonte, le Crédit Foncier subsistera au travers de deux missions. Outre la gestion en extinction de l’encours existant, la filiale œuvra au refinancement du groupe BPCE via la Compagnie de Financement Foncier (CFF), qui sera repositionnée sur le refinancement d’actifs du secteur public. L’an dernier, CFF a émis 6,1 milliards d’euros d’obligations, dont 4 benchmarks de maturités comprises entre 6 et 15 ans auprès d’institutionnels.
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