Lloyds repousse les limites de la manipulation des taux
Les fraudeurs osent tout. La banque britannique Lloyds a accepté hier de payer l’équivalent de 370 millions de dollars (275 millions d’euros) d’amendes pour mettre fin aux enquêtes des autorités américaines et britanniques dans le scandale de manipulation des taux interbancaires. Comme les six autres acteurs condamnés avant lui dans cette affaire outre-Manche – Barclays, RBS, UBS, Rabobank, Icap et le courtier Martin – l’établissement britannique s’est rendu coupable de manipulation du Libor à travers ses filiales Lloyds et Bank of Scotland. Mais, fait nouveau, il a aussi tenté de léser la Banque d’Angleterre, et à travers elle le contribuable.
Outre le Libor, des traders de Lloyds et de HBOS ont tenté entre 2008 et 2009 de manipuler le taux repo, une référence publiée par la British Banker’s Association et abandonnée fin 2012. Ironie de l’histoire, ce «repo rate» servait à calculer les intérêts payés par les banques sur le Special Liquidity Scheme (SLS), une ligne de liquidité d’urgence que la BoE avait mise en place à leur profit au plus fort de la crise financière. Le coût de cette ressource était basé sur la différence entre le taux repo et le Libor 3 mois. Les traders ont tenté de minimiser cet écart pour réduire la facture. L’enjeu n’était pas mince: entre avril 2008 et juin 2011, Lloyds Bank et Bank of Scotland ont versé respectivement 394 et 884 millions de livres de commissions à la Banque d’Angleterre au titre du SLS. Le dossier reste ouvert, la BoE envisageant une action au pénal.
«La manipulation du SLS est une caractéristique inédite dans cette affaire, mais la conduite et les manquements qui la sous-tendent – dans l’identification et la gestion de risques évidents – ne sont pas nouveaux», a indiqué hier la Financial Conduct Authority, le gendarme financier britannique. Sur les 105 millions de livres d’amendes infligées à Lloyds, 70 millions le sont au titre du programme de soutien de la Banque d’Angleterre. En sus des amendes, le groupe a aussi reversé à cette dernière 7,76 millions de livres en rémunération du SLS.
En valeur, la sanction infligée à Lloyds est la troisième plus importante après celle de RBS (612 millions de dollars en 2013) et de Barclays (453 millions de dollars en 2012). A la pénalité de la FCA se sont ajoutées celles de la Commodity Futures Trading Commission, pour 105 millions de dollars, et du département de la Justice des Etats-Unis, pour 86 millions.
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