L’hypertrophie du secteur bancaire européen est montrée du doigt

Un rapport commandé par le Conseil européen du risque systémique juge que la contribution marginale du secteur à la croissance est «nulle ou négative»
Alexandre Garabedian

L’Europe souffre d’hypertrophie bancaire, sans bénéfice pour son économie. Ce diagnostic sans appel vient d’être porté par les conseillers économiques de l’European Systemic Risk Board (ESRB). Le Conseil du risque systémique, créé dans la foulée de la crise financière et qui a notamment élaboré le scénario des tests de résistance appliqués cette année au secteur bancaire, a publié hier un rapport d’une cinquantaine de pages qui s’alarme de la taille des systèmes bancaires en Europe.

Le document met en lumière, entre 1995 et 2011, la forte progression des bilans bancaires rapportés au PIB. Elle reflète en partie seulement celle de la richesse des ménages. Ce ratio atteignait encore 274% du PIB 2013 de la région, hors filiales de banques étrangères, même si les bilans ont été réduits de 10% depuis le pic. Au jeu des comparaisons internationales, et en tenant compte des différences comptables, «on s’attendrait à ce que les banques systémiques dans l’UE aient des ratios de levier supérieurs à ceux de leurs contreparties aux Etats-Unis – pas inférieurs», regrette en outre l’ESRB.

Mais ce sont surtout les passages où le rapport s’interroge sur l’utilité sociale d’une telle taille qui risquent de faire grincer des dents. «Le système bancaire européen a atteint une taille telle que sa contribution marginale à la croissance est probablement nulle ou négative», selon les auteurs. Ceux-ci pointent les méfaits pour l’économie d’un volume de crédit bancaire excessif, le poids exagéré des prêts immobiliers aux ménages, et la captation des jeunes diplômés au détriment d’autres industries. Ils attaquent aussi de front le modèle de banque universelle, répandu en Europe, mais associé selon eux à une exposition au risque systémique plus importante que pour les établissements spécialisés dans la BFI ou la banque de détail. «Seulement 31% du bilan agrégé des banques de la zone euro est constitué de prêts à l’économie réelle», assènent-ils.

Les causes de l’obésité sont multiples: soutien des Etats, volonté de créer des champions nationaux… Au-delà du paquet CRD4 et des textes en cours sur la résolution ou les structures bancaires, le rapport prescrit un nouveau régime minceur. Au menu: réduire le recours à la dette bancaire en supprimant la déductibilité fiscale des intérêts, faire sauter les verrous au financement désintermédié, ou accroître encore les exigences en capital pour les activités de marché.

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