Les têtes commencent à tomber chez BNP Paribas

Sous enquête aux Etats-Unis, la banque a annoncé hier le départ de Georges Chodron de Courcel
Amélie Laurin
Georges Chodron de Courcel. Photo Bloomberg.
Georges Chodron de Courcel. Photo Bloomberg.  - 

Les poursuites des Etats-Unis à l’encontre de BNP Paribas ont fait leur première victime de poids. Georges Chodron de Courcel, 64 ans, va quitter le groupe à la fin du mois après 42 ans de carrière dans la maison, et prendra sa retraite fin septembre. Directeur général délégué du groupe, il supervise notamment la BFI, au cœur des soupçons de transactions illégales avec des pays sous embargo américain. BNP Paribas, qui ne fait pas de lien entre les deux sujets, cherche visiblement à atténuer le montant de sa probable amende outre-Atlantique.

Artisan de la fusion de BNP avec Paribas, Georges Chodron de Courcel est l’un des trois hommes forts du groupe au côté du directeur général Jean-Laurent Bonnafé. Dans son communiqué, la banque ne lie pas son départ à l’affaire américaine, mais à la «demande» formulée par cet administrateur de sociétés cotées (Lagardère, Alstom...) de limiter le nombre de ses mandats exécutifs, afin de respecter la nouvelle loi bancaire française.

La nouvelle sonne surtout comme un gage de bonne volonté, alors que BNP Paribas risque une amende pouvant atteindre 10 milliards de dollars (7,38 milliards d’euros), un record pour un établissement étranger, ainsi que la suspension temporaire de ses activités de compensation en dollars.

Premier dirigeant visé par la presse américaine, Baudouin Prot aurait reçu le soutien de son conseil. Le président du conseil d’administration a été DG du groupe pendant la période incriminée, qui court de 2002 à 2009. Mais d’autres têtes pourraient tomber. Selon le Wall Street Journal, les autorités américaines souhaiteraient le départ d’une douzaine de responsables, dont Vivien Lévy-Garboua, en charge du contrôle interne et de la conformité du groupe de 2005 à 2008 et devenu depuis conseiller de la direction. Joint par L’Agefi, celui-ci n’a pas souhaité faire de commentaire. Benjamin Lawsky, le superintendant des services financiers de l’Etat de New York, ne cache pas son intention de faire payer les personnes physiques, et pas seulement les entreprises elles-mêmes. Georges Chodron de Courcel n’a toutefois pas été mis en cause formellement dans cette affaire.

Aucun autre nom n’est cité jusqu’à présent, mais la plupart des dirigeants actuels ont un point commun : leur ancienneté dans la maison, qui les met difficilement à l’abri des investigations en cours. Directeur général délégué sous l’ère Prot, Jean Clamon a pris la suite de Vivien Lévy-Garboua à la conformité et au contrôle interne, en 2008. Alain Papiasse peut également sembler en première ligne en tant que patron de la BFI, mais il exerce ses fonctions depuis 2009 seulement, après avoir échangé son poste de responsable du pôle investment solutions (gestion d’actifs, assurance…) avec Jacques d’Estais, ancien numéro un… de la BFI.

A un échelon inférieur, des sanctions ont déjà été prises. Début mai, Dominique Rémy a quitté le groupe en toute discrétion. Responsable mondial des financements structurés, il supervisait le financement du négoce de matières premières. BNP Paribas est le leader historique de ce métier, opéré principalement depuis Genève et visé par l’enquête américaine. Ironie de l’histoire, selon le WSJ, les Etats-Unis auraient récemment accordé à la banque deux licences pour opérer en Iran, l’un des pays sous embargo pétrolier.

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