Les déboires du groupe Espirito Santo mettent la sphère financière portugaise en émoi
L’inquiétude grandit chaque jour quant à la situation financière réelle du groupe diversifié portugais Espirito Santo, principal actionnaire notamment de Banco Espirito Santo (BES). Deux semaines après avoir placé la note Ba3 de la banque sous revue en vue d’une éventuelle dégradation, Moody’s a sévi hier en dégradant de trois crans à Caa2 la note allouée à son principal actionnaire (à 25,1%), Espirito Santo Financial Group (ESFG).
L’agence dénonce un «manque de transparence» relatif aux liens existant entre ESFG et les autres holdings du groupe, Rio Forte (son actionnaire à 49,3%) ou Espirito Santo International (ESI), unique actionnaire de Rio Forte et regroupant les intérêts de la famille fondatrice. Le groupe a révélé le mois dernier qu’un audit avait mis au jour des irrégularités comptables au sein d’ESI.
Hier, le titre BES a abandonné 4,65% en clôture à 0,62 euro, après un plus bas de 0,58 euro à mi-séance. L’indice PSI de la Bourse de Lisbonne a cédé 2,13%. Sur le front des emprunts d’Etat, le rendement du 10 ans a gagné 12 points de base à 3,75%, après s’être envolé jusqu’à 3,88%.
Bien plus que par la réaction de Moody’s, les marchés ont été troublés par l’annonce de différés de paiement sur certains billets de trésorerie vendus par les holdings à BES et à certains clients privés de la banque. Les émetteurs envisageraient une conversion partielle de la dette en actions accompagnée d’un rééchelonnement des créances.
La «grande question» demeure pourtant selon l’analyste Steve Hussey d’AllianceBernstein celle de savoir si l’Etat portugais sera contraint d’entrer dans la partie en soutenant financièrement le groupe ébranlé afin d’éviter des «répercussions systémiques». La banque centrale a souhaité confirmer hier son jugement du 3 juillet selon lequel la solvabilité de Banco Espirito Santo restait «solide», notamment grâce à l’augmentation de capital d’un milliard d’euros réalisée le mois dernier. Il n’empêche que les récentes rumeurs «confirment les soupçons des investisseurs quant à d’importants problèmes à la tête du groupe», s’est désolé Roger Francis, analyste chez Mizuho International.
C’est dans ce contexte que les actionnaires de BES ont rendez-vous le 31 juillet pour valider la nomination de Vitor Bento en tant que premier directeur général étranger à la famille fondatrice.
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