Les banques françaises vont s’efforcer de démentir leurs détracteurs
Après un été difficile, les résultats des banques françaises du troisième trimestre sont particulièrement attendus. BNP Paribas, qui a plongé hier de 13,06% à la suite de l’annonce d’un référendum en Grèce sur l’accord du 26 octobre, ouvrira demain le bal des publications, suivie par la Société Générale (-16,23% à la clôture) le 8 novembre, BPCE (dont Natixis) le 9 et le Crédit Agricole (-12,53% hier) le lendemain. Les analystes s’attendent à des résultats en baisse.
Les comptes au troisième trimestre seront marqués par une dépréciation supplémentaire des titres souverains grecs. CA Cheuvreux estime que les 50% de décote sur les obligations grecques obligeront les banques à passer collectivement 2 milliards d’euros de provisions et leur coûteront 1,35 milliard d’euros de bénéfice net, par rapport aux 800 millions calculés d’après la décote précédente de 21%.
Cette restructuration devrait avoir un impact plus violent pour BNP Paribas. Car «une proportion importante du portefeuille de BNP Paribas (1,8 milliard d’euros) arrive à maturité après 2020», souligne Pascal Decque, analyste de CA Cheuvreux. Or le plan précédent obligeait les banques à ne déprécier de 21% que les titres arrivant à échéance cette année-là au plus tard.
CM-CIC Securities estime l’effet de la restructuration de la dette grecque à environ 1,7 milliard d’euros avant impôt pour l’établissement dirigé par Baudouin Prot. Ce montant serait largement inférieur pour la Société Générale et Crédit Agricole SA (300 millions chacun) et Natixis (moins de 100 millions).
Il est également attendu que la réévaluation de la propre dette des banques françaises au cours du troisième trimestre – liée à la hausse de leurs spreads de crédit – ait un impact important sur leurs revenus. Conséquence positive des doutes des investisseurs concernant ces établissements, elle devrait surtout profiter à la Société Générale. «En théorie, cet impact […] devrait être de l’ordre de 3 milliards d’euros. Compte tenu du caractère artificiel de ce profit, la banque a décidé de le comptabiliser sur la base de la hausse de son coût de refinancement réel, soit un produit plus faible de 800 millions d’euros. Natixis nous a indiqué que l’impact pourrait être de l’ordre de +100 millions», écrit CM-CIC Securities. CA Cheuvreux anticipe un revenu supplémentaire de 500 millions pour BNP Paribas, soit moins de 5% de ses revenus estimés par le courtier.
En dehors de ces éléments non récurrents, l’attention des investisseurs devrait se concentrer sur les performances des banques de financement et d’investissement (BFI), en particulier pour BNP Paribas et la Société Générale, dont elles sont l’un des principaux moteurs de croissance. Or, les publications de leurs concurrentes américaines et européennes montrent déjà que ces activités ont souffert au troisième trimestre. Les banques françaises devront donc montrer leur capacité de résistance dans cet environnement hostile.
Dans ce contexte, la Société Générale est jugée la plus fragile. CA Cheuvreux anticipe ainsi un retrait de ses bénéfices supérieur à 55%. Son modèle dépend en effet davantage des activités de marché, particulièrement sur les dérivés actions. Par opposition, «le cash equity devrait mieux résister grâce à une activité pour compte de tiers inhabituellement soutenue, les clients investisseurs ayant réduit l’exposition au risque de leurs portefeuilles […]. CASA, qui possède une plate-forme de cash equity importante, devrait en avoir bénéficié», indiquent les analystes de Citigroup.
Par opposition aux activités de marché, les activités de financement devraient mieux résister, en dépit des mesures annoncées par les banques françaises en août et septembre pour réduire leur bilan (deleveraging), dont on sait qu’elles auront des conséquences sur leur capacité de financement. C’est pourquoi certains professionnels attendent des précisions sur les conséquences de ces mesures.
La banque de détail jouera cependant son rôle d’amortisseur pour les établissements français, qui devraient encore bénéficier de leur modèle de banque universelle. «La performance des réseaux français devrait encore résister ce trimestre, même si nous anticipons une baisse de la croissance des encours au deuxième semestre par rapport au premier», indique un analyste. Les groupes mutualistes Crédit Agricole et BPCE ont sur leurs concurrents BNP Paribas et Société Générale un avantage important. L’étendue du réseau de détail international de la banque de la rue d’Antin (BNL, BNP Paribas Fortis) pourrait se retourner contre lui en cas de crise de confiance des marchés vis-à-vis de l’Italie. Pour la Société Générale, c’est son réseau émergent qui suscite l’interrogation.
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