Les banques françaises battent en retraite dans les matières premières
Les dérivés actions ne sont pas le seul point faible des banques d’investissement (BFI) françaises dans les marchés troublés par la crise sanitaire. La Société Générale, Natixis et BNP Paribas ont décidé de passer au crible leurs activités de financement du négoce de matières premières (trade commodity finance ou TCF). Ces derniers mois, le métier a dû faire face à un cocktail explosif mêlant forte volatilité des prix, chute des cours du pétrole et comportements illégaux de nombreux courtiers.
«Il y a eu tellement de cas de fraudes, en Asie notamment, que ça interpelle, a déclaré mercredi soir Jacques Ripoll, directeur général de Crédit Agricole Corporate and Investment Bank (CACIB), lors de la présentation des résultats trimestriels de Crédit Agricole SA. L’attitude des acteurs doit être plus rigoureuse car il y a eu un relâchement chez certains.» Pour autant, «nous n’avons pas l’intention de changer notre dispositif car nous sommes relativement peu touchés», a assuré le dirigeant de CACIB.
Chez BNP Paribas, la situation est moins critique qu'à la Société Générale et Natixis, toutes deux en plein changement de dirigeants après les pertes de leurs BFI. Mais les revers du trade finance font de l’ombre aux réussites des activités de marché et de financement de la première banque de la zone euro. Ce fonds de commerce semble donc un candidat naturel au plan d'économies de 400 millions d’euros supplémentaires annoncé par la banque en mai.
La banque de la rue d’Antin a suspendu les nouveaux contrats de financement de matières premières, le temps de passer en revue ses activités dans la région Europe, Moyen-Orient, Afrique, affirme Bloomberg de sources proches du dossier. Après des pertes importantes auprès de négociants comme Phoenix Group, GP Global et Coex Coffee International, BNP Paribas aurait aussi récemment informé ses clients qu’elle ne signerait pas de nouvelles transactions, sauf en cas d’obligation contractuelle. La banque ne fait pas de commentaires.
Plaques tournantes à Genève et Singapour
Depuis Genève, BNP Paribas fut pendant des décennies le numéro un mondial du financement transactionnel des matières premières (lettres de garanties, rachats de créances pour l’énergie, les métaux et les matières agricoles), suivi de près par le Crédit Agricole. La Société Générale s’y est lancée depuis les rives du Léman à partir de 2010 et Natixis y a fait une brève incursion ces dernières années. Les banques tricolores avaient déjà réduit la voilure à partir de 2012 dans le TCF et/ou dans les dérivés de matières premières et le courtage de matières premières «physiques» Des choix dictés par la crise de la zone euro qui avait limité leurs ressources en dollars, et par les exigences réglementaires de Bâle 3. En 2016, BNP Paribas était pourtant reparti à l’offensive à Genève, avec l’objectif de conquérir 300 nouveaux clients en trois ou quatre ans, rapportait alors L’Agefi Suisse.
Aujourd’hui, la banque envisagerait de fermer ses desks ou de les fusionner avec son activité plus large de financement transactionnel. C’est l’option prise par Natixis, qui va scinder ses équipes de financements de l’énergie et des ressources naturelles. Elles seront rattachées d’une part au pôle de crédits structurés pour les actifs réels, et d’autres part aux solutions de court terme et de trésorerie.
Le choc Hin Leong
De son côté, la Société Générale va transférer à Hong Kong ses traders de trade finance basés à Singapour, après les lourdes pertes enregistrées sur cette place asiatique. La banque au logo rouge et noir avait notamment une créance de 240 millions de dollars auprès de Hin Leong, un courtier local en faillite qui laisse derrière lui plusieurs milliards de dette. Natixis a aussi porté plainte pour fraude contre plusieurs acteurs asiatiques après avoir enregistré fin mars 193 millions d’euros de provisions pour pertes dans le négoce de pétrole à Singapour. «Dès la fin du premier trimestre, nous avons réduit très significativement notre activité, notamment sur les courtiers de taille moyenne», a déclaré Laurent Mignon, le président du directoire de BPCE, maison mère de Natixis, lors de la présentation de ses résultats à fin juin.
CA CIB a également «fait le choix d'être plus sélectif en privilégiant les gros courtiers comme Trafigura, Cargill et Glencore, au détriment des petits acteurs moins fiables, explique une source proche de l'établissement. Les banques se sont en effet rendu compte que certains courtiers vendaient plusieurs fois la même marchandise, pour obtenir davantage de financements». Quand les cours ont chuté en mars, ces malversations sont apparues au grand jour.
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