Natixis change de patron en plein doute sur son avenir
Une deuxième perte consécutive et un nouveau patron pour Natixis. Si la première nouvelle était attendue par les marchés, la seconde est une surprise. François Riahi cède sa place à la tête de la banque «en raison de divergences stratégiques concernant les options du futur plan de Natixis», a annoncé hier soir le conseil d’administration de la filiale cotée de BPCE. Il est remplacé à la direction générale de Natixis par Nicolas Namias, actuel directeur des finances et de la stratégie de BPCE. Lors d’une conférence téléphonique, Laurent Mignon, le président du directoire du groupe mutualiste, a refusé de commenter davantage ce départ dont les raisons doivent «rester dans le secret» des relations entre un président et son directeur général. «Je tiens à saluer et remercier très sincèrement François Riahi pour son engagement et sa loyauté au service du groupe BPCE depuis plus de dix ans», déclare simplement le numéro un de BPCE, dans un communiqué.
François Riahi avait succédé à Laurent Mignon lorsque celui-ci avait quitté la direction de Natixis pour celle de BPCE, en 2018. Cette fois, le changement de capitaine intervient sur fond d’interrogations sur la gestion des risques de la banque dans lesdérivés actions et la gestion d’actifs, et après une récente rumeur de possible retrait de cote de Natixis. Le groupe a démenti ce dernier projet, mais la question de l’avenir de Natixis est bien au menu des discussions entre les dirigeants de BPCE après des résultats financiers décevants, avaient confirmé plusieurs sources à L’Agefi.
La BFI de nouveau dans le rouge
Au deuxième trimestre, la banque de gros a perdu 57 millions d’euros, après un résultat net de -204 millions d’euros à fin mars. Elle pâtit à la fois d’une hausse de ses provisions pour risque de crédit, qui atteignent 482 millions d’euros sur l’ensemble de semestre, et de 271 millions d’euros de pertes (dont 141 millions au deuxième trimestre) dans les dérivés actions, liées à la suppression des dividendes des sociétés cotées européennes.
Avec un produit net bancaire (PNB) en chute de 39% sur un an et un coût du risque en hausse, la banque de financement et d’investissement (BFI) a creusé ses pertes au deuxième trimestre, avec un résultat avant impôt de -230 millions d’euros qui pénalise les comptes de l’ensemble de la banque. La gestion d’actifs, dont les revenus ont reculé de 24% sur un an en raison de baisse de marchés, et les paiements en retrait de 18% à cause du confinement, ont également pesé sur le PNB de Natixis, en recul de 25% à 1,56 milliard d’euros. Seule l’assurance a résisté, avec une activité en hausse de 14%.
François Riahi quitte donc le groupe après un semestre difficile. Directeur général de Natixis depuis deux ans, il avait notamment œuvré dans le passé au développement de la banque en Asie. C’est là que se situent une partie des problèmes des dernières années, des pertes sur des structurés actions à celles sur des clients traders de matières premières à Singapour (en raison de la chute des cours du pétrole et de fraudes). En 2018, François Riahi avait été remplacé à la direction des finances et de la stratégie de BPCE par Nicolas Namias, qui prend aujourd’hui sa place. Ce dernier avait fait un crochet par Natixis entre 2014 et 2017 à la stratégie et aux finances. «Tous deux ont le même profil, mais François Riahi échangeait assez facilement, alors que Nicolas Namias est un adepte de la communication financière, qui ne dira pas un mot de plus», relate un bon connaisseur de la banque.
Nouveau plan stratégique
Le nouveau dirigeant aura la lourde tâche de préparer le prochain plan stratégique de Natixis, qui sera présenté en juin 2021. D’ici là, la banque présentera en novembre ses «objectifs 2021» et des précisions sur la restructuration de ses activités sur les marchés actions, centrée sur les produits dérivés depuis l’externalisation du cash actions chez Oddo BHF. «Nous avons entamé une réflexion sur la nature des produits, mais surtout sur la nature des clients», explique Laurent Mignon qui veut servir «les clients stratégiques et les réseaux du groupe plutôt qu’être dans une démarche globale» sur ce segment de marché. Natixis vise désormais 300 millions d’euros de revenus annuels en vitesse de croisière dans les métiers actions, contre «environ 110 millions par trimestre» auparavant, précise Nathalie Bricker, directrice financière de Natixis. Soit un recul de l’ordre de 30%. C’est davantage que les 18 à 20% de baisse d’activité attendus à la Société Générale, qui a dévoilé elle aussi hier une restructuration de ses dérivés actions, sans beaucoup de détails. Chez Natixis, «le projet n’est pas arrêté à ce stade» et un dossier «sera présenté aux instances représentatives du personnel» en temps voulu, explique Laurent Mignon.
Cession de Fidor
En attendant, la contre-performance de Natixis pèse sur les comptes de BPCE. Son PNB a reculé de 12,7% au deuxième trimestre, à 5,18 milliards d’euros, et son bénéfice net part du groupe de 86,4%, à 131 millions. Ces résultats portent aussi la trace de la cession future de Fidor, avec un impact de -88 millions d’euros. BPCE a annoncé hier être entré en négociations exclusives avec le fonds Ripplewood Advisors pour lui transférer sa banque en ligne, basée en Allemagne. Cette supposée «pépite» avait été dépréciée à hauteur de 141 millions dans les comptes du groupe en 2019.
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