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Financement des PME : agir contre les retards de paiement
Le contexte n’est guère favorable aux petites entreprises en quête de financement. La fragmentation de l’économie mondiale, l’endettement des Etats et les tensions géopolitiques autour des zones de production de matières premières sont autant de facteurs nourrissant un nouveau régime de croissance plus faible et d’inflation persistante en Europe. Ce phénomène contraint la Banque centrale européenne (BCE) à conserver ses taux à un niveau jugulant les pressions inflationnistes au détriment de la relance de la croissance. Ce nouveau resserrement des conditions d’octroi de crédit frappe particulièrement les petites entreprises en créant une certaine tension sur leur trésorerie et un report des investissements dans un contexte de plus grande incertitude.
En France la fragilité de l’écosystème des petites entreprises est toujours de mise avec un nombre élevé de faillites. Une enquête de la Banque de France, parue en avril dernier, indiquait que leur nombre s’établissait à 69 392, un nouveau record avec une accélération au premier trimestre. Et les perspectives ne sont pas bonnes. En effet, le début de la période d’échéance des PGE (Prêt garanti par l’Etat) attribués pendant la crise sanitaire va commencer cet été. 680 000 entreprises en ont bénéficié pour plus de 144 milliards d’euros, dont 69 milliards sont encore à rembourser. La possibilité offerte par le gouvernement de rééchelonner ces dettes de deux à quatre ans devrait atténuer le phénomène de « mur de remboursement » mais pour de nombreuses structures, cela restera insuffisant. Pour l’instant le taux d’appel à garantie est resté contenu à 4% mais pour combien de temps ?
En outre, 25% des faillites constatées s’expliquent toujours par des retards de paiement. Deux propositions de loi visant à durcir les sanctions contre les mauvais payeurs sont actuellement en discussion. L’ironie étant que l’Etat lui-même n’est pas un très bon payeur. En effet, environ un tiers des retards de paiement proviennent de collectivités territoriales ou d’organismes publics.
Mobiliser plus en amont les créances du Crédit d’impôt recherche (CIR)
Pour y remédier, l’Etat a annoncé vouloir porter un fonds public d’affacturage qui devrait voir le jour en 2028 et assurerait, sous un mois, le paiement des factures en lieu et place d’une entité publique pour les PME dont 30% du chiffre d’affaires y serait lié. Le fonds se substituerait alors à l’entreprise pour recouvrer la créance.
Parmi les autres solutions permettant de financer directement l’économie réelle, la mobilisation des créances de Crédit d’impôt recherche (CIR) constitue une illustration particulièrement intéressante. Pour certaines entreprises, le CIR représente un outil de financement structurant : jusqu’à 30 % des dépenses éligibles de R&D peuvent être remboursées par l’État. L’anticipation de cette créance, par un acteur privé, permet d’accélérer les cycles d’investissement, de soutenir l’innovation et d’améliorer la situation de trésorerie des entreprises concernées. Certains fonds d’investissement proposent ce type de mécanisme.
Au-delà de son utilité économique, cette approche présente la particularité de s’appuyer sur un risque « État français », tout en offrant une rémunération attractive au regard du risque sous-jacent qui peut atteindre 5 % net (Euribor 6 mois + prime de 2,5 %). Ce rendement est comparable à celui des obligations high yield pourtant notées BB/B et dont le taux de défaut annuel devrait s’approcher de 4%. Cette prime importante au regard du risque est due aux barrières à l’entrée de ce type de financements. En effet, ils requièrent une organisation spécifique et une forte technicité sans commune mesure avec la simplicité d’investir dans des obligations high yield.
Dans le contexte actuel, où l’incertitude laisse présager une hausse des taux de défaut des entreprises, ces types de financements, décorrélés du cycle économique, devraient tirer leur épingle du jeu. Ils permettent aux investisseurs de construire une position d’attente tout en conservant un rendement compétitif.
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