Les banques espagnoles se lancent dans la course aux billets à ordre
Faute de pouvoir lever des fonds sur les marchés, les banques espagnoles ont trouvé la solution: émettre des billets à ordre («pagarés» en espagnol). Banesto, BBVA et Santander ont ainsi émis 9,9 milliards d’euros en billets à ordre à 18 mois à des taux rémunérateurs allant de 3 à 4%. Au total, on estime à 21, 977 milliards d’euros le volume de pagarés émis cette année par le secteur financier espagnol.
Joaquin Maudos, professeur d’économie à l’Institut de recherches économiques de Valence (IVIE) estime la situation préoccupante. Selon lui, cette course à l’émission de billets à ordre à des taux très rémunérateurs est motivée par «la quantité des emprunts obligataires du secteur bancaire espagnol qui arrive à échéance en 2012 et qui s’élève à 131 milliards d’euros».
Face au besoin urgent de refinancement des banques espagnoles, le secteur s’est lancé cette année dans une guerre des dépôts, pénalisée depuis juillet par le fameux décret Salgado. La soif de liquidité est telle que «le secteur continue de payer ce tribut», explique Manuel Romera directeur du secteur financier à l’IE Business School. La nouvelle législation oblige en effet les entités qui offre des «super-dépôts», c’est à dire des dépôts proposant des taux d’intérêt très élevés, à verser une contribution supplémentaire au Fonds de garantie des dépôts. Ce besoin de refinancement a un impact négatif sur leurs bilans mais aussi sur leur capacité à prêter, estime Morgan Stanley.
Pour contourner cette législation, les banques espagnoles ont trouvé d’autres instruments tels que les émissions de billets à ordre qui proposent également des taux très alléchants pour leurs clients. «Le risque est cependant plus élevé que pour les dépôts puisque les pagarés ne sont pas couverts par le fonds de garantie», souligne Joaquín Maudos.
Cependant les experts restent prudents quant au succès de ces billets à ordre car les banques subissent actuellement la concurrence des bons du trésor à 3 mois qui offrent aux investisseurs des taux rémunérateurs encore plus élevés et qui, de plus, sont moins risqués, estime Manuel Romera. Selon Joaquín Maudos, «tout s’est compliqué à la suite de la récente émission par l’Etat espagnol d’une dette publique à 10 ans à un taux rémunérateur de 7% et de l’émission obligataire à court terme à des taux de 5%».
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