Les banques autrichiennes sont appelées à revoir leur stratégie en Europe centrale
Une prévision de perte de 1,4 à 1,6 milliard d’euros cette année, sanctionnée par un plongeon de 16% du cours de Bourse: l’avertissement sur résultat lancé la semaine dernière par Erste Bank en raison de ses déboires en Hongrie et en Roumanie illustre les défis rencontrés en Europe centrale par les banques autrichiennes. Une menace toujours réelle pour la banque centrale d’Autriche, qui publiait hier son rapport de stabilité financière et a appelé le secteur, déficitaire en 2013, à revoir son modèle de développement dans la région.
«L’heure n’est pas au retrait de l’Europe de l’Est, au contraire. Les taux de croissance y sont encore supérieurs à ceux de l’Europe de l’Ouest. Mais cette croissance doit être soutenable», a plaidé Andreas Ittner, gouverneur adjoint de l’institution.
En 2013, les filiales des banques autrichiennes dans ces pays ont enregistré des bénéfices nets de 2,2 milliards d’euros. Une manne effacée, au niveau consolidé, par les dépréciations des survaleurs accumulées lors des rachats au prix fort de prêteurs locaux. Les profits tendent en outre à se concentrer sur un nombre de plus en plus restreint de pays. Quant au taux de créances douteuses, il atteint 14,9%. Depuis 2008, les banques autrichiennes ont consacré 44 milliards d’euros, soit 65% de leur résultat d’exploitation, à la couverture des risques de crédit, Autriche incluse. L’an dernier, cette proportion a même atteint 88%.
Selon la banque centrale, l’histoire pourrait se répéter en Ukraine, en Russie et en Turquie, d’autant que la contribution de ces deux derniers pays aux résultats va croissant. Si l’exposition à l’Ukraine a été réduite à 8 milliards, les crédits russes et turcs pèsent désormais 35 milliards et 22 milliards d’euros à fin 2013. «Le taux de prêts non performants reste bas à 2,6% en Turquie selon la Banque mondiale, mais la croissance rapide du crédit de 25% par an laisse penser qu’en valeur absolue, les créances douteuses ont progressé d’autant», estiment les stratégistes de RBS, qui sous-pondèrent la dette senior des banques autrichiennes.
Tout n’est pas noir dans ce tableau. Le financement des filiales locales, largement dépendant des maisons-mères avant la crise, s’est rééquilibré, notamment sous la pression du régulateur autrichien. Entre 2008 et 2013, le ratio de prêts sur dépôts est tombé de 120% à 95% environ. Une moyenne qui cache cependant une dégradation de la liquidité des activités en Russie et en Turquie.
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