Les acteurs spécialisés du crédit tirent la sonnette d’alarme sur Bâle 3
Les professionnels des services financiers spécialisés font grise mine. Réunis à Cannes pour le congrès annuel organisé par les fédérations européennes Eurofinas (crédit à la consommation) et Leaseurope (crédit-bail), ils n’ont pas manqué l’occasion pour exprimer leur inquiétude face à la pression réglementaire qui pèse sur leurs métiers. «La réglementation a des effets sur la manière de conduire notre activité et conduit le secteur à réfléchir sur l’évolution de son modèle économique», n’a pas caché Didier Hauguel, responsable des services financiers spécialisés et de l’assurance chez Société Générale.
En ligne de mire: la directive européenne CRD 4 transposant les futurs ratios de liquidité des règles de Bâle 3. «En termes de solvabilité, CRD 4 ne poserait pas de problème, souligne Bruno Salmon, président de l’Association française des sociétés financières (ASF) et président de BNP Paribas Personal Finance. En revanche, l’application des règles sur les ratios de liquidité constitue un vrai défi puisque les établissements de crédit ne collectent pas de dépôts.» Pour minimiser les effets négatifs de la réglementation, l’ASF a d’ailleurs déposé plus d’une dizaine d’amendements à Bruxelles. «Nous attendons maintenant le vote du trilogue pour voir ce que donnera la version définitive du texte », précise Françoise Palle-Guillabert, déléguée générale de l’ASF.
L’enjeu est en effet crucial à l’heure où tous les acteurs reconnaissent que la liquidité est aujourd’hui une ressource rare et coûteuse. Surtout, selon une étude du cabinet McKinsey, le rendement des capitaux propres (RoE) des acteurs du crédit à la consommation en Europe pourrait diminuer de 4% à horizon 2019. «Ces sujets réglementaires arrivent dans un contexte macro-économique morose et dans une période où l’activité du crédit est en baisse», déplore par ailleurs Bruno Salmon. Selon les statistiques d’Eurofinas, la production de crédit à la consommation s’est contractée de 3,6 % au premier trimestre 2012. En France, le déclin est plus brutal, l’ASF faisant état d’une baisse de 7,7 % de la production à fin juin 2012. Les acteurs français subissent également de plein fouet les effets néfastes de la loi Lagarde réformant le crédit renouvelable. «Le secteur a vu ses revenus baisser de 1,5 milliard d’euros en trois ans, auxquels s’ajoutent 500 millions d’euros de coûts de mise en œuvre», a reconnu Alain Van Groenendael, directeur général délégué de BNP Paribas Personal Finance.
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