Le sort de BNP Paribas aux Etats-Unis prend une dimension diplomatique

Le montant évoqué d’une sanction envers la banque française n’est pas raisonnable, selon Laurent Fabius. La BCE pourrait aménager ses stress tests
Benoît Menou

Alors que les négociations se poursuivent en coulisses entre les autorités américaines et BNP Paribas, accusée d’avoir contourné par des transactions en dollars l’embargo imposé à des pays comme l’Iran, le Soudan et Cuba, le ton monte de ce côté-ci de l’Atlantique. Barack Obama est d’ailleurs lui-même attendu de pied ferme sur le sujet, qui sera évoqué à l’occasion d’un entretien avec François Hollande demain à la veille des célébrations du 70e anniversaire du débarquement allié en Normandie.

Hier déjà, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a manifesté sur France 2 le premier soutien officiel du gouvernement à la banque. «S’il y a eu une faute ou une infraction, il est normal qu’il y ait une sanction. La sanction doit être proportionnée et raisonnable. Ces chiffres-là ne sont pas raisonnables», a-t-il indiqué en référence au montant de 10 milliards de dollars désormais évoqué dans la presse américaine. Il s’agirait d’une décision «injuste et unilatérale» au moment où l’Europe et les Etats-Unis ont engagé les pourparlers concernant un partenariat commercial transatlantique. Le gouvernement français est «bien sûr» paré à défendre les intérêts de BNP Paribas au vu de l’impact potentiel d’une lourde sanction sur la capacité de la banque à accorder des prêts aux entreprises françaises ou à poursuivre son activité outre-Atlantique, la banque risquant l’interdiction de compensation en dollars.

La presse américaine a aussi évoqué une visite la semaine dernière à New York de Christian Noyer, qui aurait rencontré le procureur de Manhattan Cyrus Vance Jr. Le gouverneur de la Banque de France était accompagné du secrétaire général de l’ACPR, Edouard Fernandez-Bollo, qui avait lui-même déjà fait le voyage quelques jours plus tôt.

La BCE elle-même ne reste pas insensible face aux poursuites engagées à l’encontre des banques du Vieux Continent. Le Wall Street Journal indique que l’institution de Francfort envisage d’aménager le menu des tests de résistance en cours avec l’Autorité bancaire européenne (EBA) pour mieux cerner la capacité des banques à faire face au risque juridique en termes de fonds propres. Ce risque est par nature incertain, sa traduction dépendant en partie de la subjectivité des autorités.

En février dernier, BNP Paribas avait indiqué avoir inscrit une provision de 1,1 milliard de dollars pour l’affaire de contournement d’embargo, avant de concéder deux mois plus tard que la somme en jeu pourrait être «bien supérieure».

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