Le sauvetage d’African Bank fragilise les créanciers des banques sud-africaines

Au grand dam de la banque centrale, l’agence Moody’s a dégradé la note de crédit des principaux établissements du pays, qui ont chuté en Bourse
Antoine Landrot

Prenant acte de la mise sous tutelle d’African Bank Investments Ltd (Abil) par la banque centrale sud-africaine le 10 août dernier, Moody’s a dégradé les quatre principaux établissements du pays: Standard Bank of South Africa (SBSA), Absa Bank (filiale du britannique Barclays), FirstRand Bank et Nedbank. Leur note de dépôt en devise locale a été réduite d’un cran, de A3 à Baa1. La dette senior non garantie d’Absa, FirstRand et Nedbank a également été dégradée d’un cran. En outre, l’ensemble des notes de ces quatre banques, ainsi que celles d’Investec Bank, ont été placées sous surveillance en vue d’une possible dégradation.

«La réponse politique [aux difficultés d’Abil] a réduit les risques de contagion et de pertes. Cependant, la mise à contribution des détenteurs d’obligations senior non garanties et des déposants institutionnels indique la volonté du régulateur de faire subir des pertes aux créanciers», souligne Moody’s dans son communiqué. La mise sous surveillance reflète les préoccupations de l’agence à l’égard de la faiblesse de la croissance économique en Afrique du Sud, en particulier la pression sur le pouvoir d’achat et l’endettement des ménages, qui devraient se répercuter sur les banques.

Si Moody’s reconnait que les banques et le système financier local ont prouvé leur solidité par le passé, elle s’inquiète d’une «possible dégradation de la qualité des actifs dans la banque de particuliers, dans les PME et dans les portefeuilles de créances aux entreprises». C’est pourquoi lors de sa revue, l’agence «prêtera une attention particulière aux perspectives des établissements en termes de solvabilité, de refinancement et de liquidité».

La banque centrale a exprimé son désaccord. «Moody’s suppose une probabilité d’un moindre soutien de l’Etat au système, en fondant son raisonnement sur les décisions prises récemment dans le cas d’African Bank. Cette position ne tient pas la comparaison avec le soutien réel apporté par la banque centrale» au système bancaire. Le modèle économique des quatre banques dégradées hier assis sur une base de dépôts substantielle– diffère totalement de celui d’Abil, qui se finançait presque exclusivement sur les marchés pour prêter à une clientèle à la solvabilité fragile.

Les investisseurs ont malgré tout réagi en faisant chuter les valeurs bancaires. A la Bourse de Johannesburg, l’indice FTSE/JSE Africa Banks a décliné de 2,45% en séance, terminant en baisse de 1,42%, à 65.301 points.

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