Le Livret A limite les marges de manœuvre des banques françaises
Le chouchou des livrets d'épargne est bel et bien le cauchemar des banquiers. C’est notamment à cause du Livret A que Standard & Poor’s (S&P) a revu à la hausse les risques propres à l’industrie bancaire française. Selon une étude de l’agence de notation publiée vendredi, ce dernier crée une «distorsion de marché», accentuée par la hausse du plafond du livret défiscalisé, en octobre puis en janvier dernier, et par l’extension des missions de service public assurées par la large part des encours centralisés à la Caisse des dépôts.
Sur les cinq premiers mois de 2013, le livret A et son cousin, le livret de développement durable (LDD), ont drainé 21,09 milliards d’euros, pour un encours total de 363,7 milliards d’euros à fin mai. Le mois dernier, leur collecte nette a toutefois reflué à 430 millions d’euros, loin des 10,91 milliards de janvier. Autre épine, « nous considérons que le taux du livret A fait référence dans le marché et limite la capacité des banques à baisser leurs taux d’intérêt sur les autres dépôts, indique S&P. L’atonie actuelle de la croissance de l’économie française et l’environnement de taux bas rendent ce taux de référence plus problématique que par le passé pour les banques». D’autant plus que le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, a confirmé dimanche la probabilité d’une baisse limitée du taux de rémunération du livret A en août.
Pour l’agence de notation, le «haut niveau de protection des consommateurs» pèse aussi sur les revenus du secteur. «Les contraintes opérationnelles et les coûts administratifs liés à la loi Lagarde de 2011 sur le crédit à la consommation ont contribué au déclin des nouveaux prêts à la consommation en 2011-2012», indique l’étude, sans citer les mesures qui devraient découler de la loi bancaire actuellement en discussion, tel le plafonnement des commissions pour impayés.
Dans ce contexte, S&P a abaissé d’un cran la note de long terme du groupe Crédit Mutuel (désormais noté A), du Crédit Logement (A+), d’Exane (BBB+), du CFCAL (A-) de Socram Banque (BBB+), et de la Banque Solfea (BBB+), filiale de GDF Suez. BNP Paribas est dorénavant la seule grande banque française notée A+ par S&P, mais elle reste sous perspective négative, comme BPCE, le groupe Crédit Agricole et la Société Générale, tous trois notés A.
Seule consolation, si S&P dégradait de nouveau la note de long terme de l’Etat français «cela n’aurait pas d’impact sur la notation des institutions systémiques du pays qui ne bénéficient pas d’un soutien public».
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