Le juriste à l’épreuve de la RSE
Une part de 17 % de leur temps. C’est ce que consacrent en moyenne les directions juridiques aux questions de responsabilité sociale des entreprises (RSE), selon les chiffres de l’Observatoire des directions juridiques 2022 réalisé par De Gaulle Fleurance & Associés en partenariat avec l’Association française des juristes d’entreprise (AFJE).
Avec l’avalanche de textes en vigueur, le périmètre d’action est vaste : Règlement général sur la protection des données (RGPD), Sapin 2, taxonomie verte, loi Pacte, déclaration de performance extra-financière, devoir de vigilance… Un mille-feuille réglementaire qui affecte les juristes, notamment bancaires et assurantiels, pour lesquels les enjeux RSE occupent une place de plus en plus prégnante.
En quête de sens
Au sein de la direction juridique d’Axa France, certains aspects de la RSE sont spécifiques à l’activité d’assureur. « En matière d’assurance-vie plus particulièrement, plusieurs textes relatifs à la finance durable ont eu récemment un impact significatif sur les produits d’épargne commercialisés par Axa France ; par exemple, les règlements Taxonomie ou Disclosure au niveau européen, ou la loi Pacte en France, détaille Nicolas Magnier, directeur juridique du groupe. Ces textes traduisent une volonté croissante de nos clients de prendre en compte la durabilité dans l’investissement de leur épargne. Nous avons accompagné les équipes opérationnelles dans la mise en œuvre de ces nouveaux référentiels. »
Denis Letrichez, juriste chez Natixis CIB, travaillait auparavant à la direction juridique de BNP Paribas CIB. Il dit avoir constaté l’importance croissante de la RSE au sein des groupes bancaires. « Il y a notamment une appétence accrue pour le financement vert », observe-t-il, avant de mentionner une sensibilité personnelle pour les sujets écologiques. De quoi corroborer un autre chiffre de l’Observatoire 2022, selon lequel 58 % des directions juridiques constatent depuis la crise sanitaire un intérêt plus grand de leurs salariés pour les questions de RSE, et notamment de développement durable et de transformation écologique.
Un critère pouvant être différenciant lors des recrutements. « Les candidats regardent de près ce que nous faisons pour accompagner la transition énergétique et sociale, atteste-t-on de manière globale au sein du département ressources humaines de Natixis. Ils sont notamment très attentifs à la finance durable et attendent des éléments de preuve, comme le fait d’avoir arrêté le financement du charbon dès 2015. » Côté Axa France, depuis début 2022, l’ensemble des juristes a été sensibilisé aux enjeux climatiques à travers une formation interne en ligne intitulée Axa Climate Academy. « Sur la dimension sociétale de la RSE, certains de nos juristes s’impliquent au sein du programme Axa Atout Cœur, qui propose des projets abordant les principaux enjeux sociaux et d’environnement », indique également Nicolas Magnier.
Lanceur d’alerte et gardien du temple
Les sujets de RSE modifient en outre le rôle même du juriste, qui devient de plus en plus stratégique. « Si, il y a quelques années encore, le centre de gravité des thématiques RSE se trouvait essentiellement au sein des directions de la communication, les directions juridiques y sont aujourd’hui de plus en plus associées, souligne ainsi Nicolas Magnier. Concrètement, nous travaillons davantage avec les équipes RSE, notamment pour la mise en place de l’ensemble des réglementations. Ces équipes tendent à devenir un client interne important de la direction juridique, au même titre que les équipes opérationnelles ou financières, par exemple. »
Ces nouveaux enjeux les amènent par ailleurs à travailler plus étroitement avec leur gouvernance. Et à modifier leurs habitudes et leur manière d’exercer, comme en témoigne Denis Letrichez : « En tant que juristes, nous avons été formés avec des livres et du papier. Or on évite aujourd’hui d’imprimer, et nous devons utiliser tous les nouveaux outils qui sont mis à notre disposition. On se pose en outre des questions nouvelles ; par exemple, pour tout ce qui est financement vert ou dons à des associations, on doit se demander comment cela sera réalisable vis-à-vis des régulateurs. » Une chose est sûre, selon lui, la fonction de juriste d’entreprise évoluera avec la pratique de la RSE et s’apparentera encore plus à un « business partner » qu’à un simple technicien du droit.
« Au-delà du fait de maîtriser ces sujets de RSE, nous devons pouvoir les expliquer, et anticiper avant la loi des textes qui pourraient être contraignants, poursuit Denis Letrichez. Ce travail d’anticipation est d’autant plus important qu’aujourd’hui, tout va très vite. Nous avons véritablement un rôle d’avertissement pour permettre aux différentes équipes de prendre les mesures nécessaires. » Un lanceur d’alerte en quelque sorte… mais aussi un gardien du temple et du risque réputationnel. « Il n’y aurait rien de pire que le boycott d’une entreprise par le consommateur ou le client final pour manquement à ses obligations sociétales ou environnementales, et cela va prendre de plus en plus d’importance », avertit le juriste. Que le R de RSE se transforme plus en « réputation » qu’en « responsabilité » : voilà, pour lui, le principal enjeu à venir…
Plus d'articles du même thème
-
Gestion d'actifs : les recruteurs misent sur la personnalité et les compétences
Les voies d’accès à la gestion d’actifs sont « plus larges que beaucoup ne l’imaginent », explique Lizzie Louis, managing director chez Dartmouth Partners, cabinet de recrutement spécialisé dans la finance, dans une interview au Financial Times. Au-delà des métiers de l’investissement, le secteur a besoin d’expertises dans des domaines comme la technologie, la gestion des risques ou la relation client, écrit le journal dans un long article. Pour décrocher ces postes, les spécialistes du recrutement soulignent que les employeurs regardent au-delà des résultats académiques. « Les candidats capables de démontrer […] des connaissances techniques associées à de solides qualités de communication et à une capacité d’adaptation devraient se démarquer parmi les profils débutants », affirme Brandi Britton, directrice exécutive monde de l’activité intérim finance et comptabilité du cabinet de recrutement américain Robert Half. Selon elle, le réseautage est l’un des meilleurs moyens de découvrir les différents parcours professionnels et de nouer des relations. D’après une enquête menée par le Graduate Management Admission Council auprès de plus de 4 000 candidats potentiels, 35 % des candidats à un cursus de troisième cycle en école de commerce souhaitent travailler dans la gestion d’actifs ou la banque d’investissement. -
En finance, la maîtrise de l'IA fait grimper les salaires
Selon le guide des salaires 2027 du cabinet de recrutement Robert Half, 31 % des responsables du recrutement en finance et comptabilité proposent des salaires plus élevés aux candidats ayant des compétences en IA. -
Les Etats-Unis ont moins créé d’emplois que prévu en septembre
L’économie américaine a créé 29.000 postes, contre 84.000 attendus. Le taux de chômage a légèrement remonté. Et les marchés ont effacé presque une hausse de taux dans leurs prévisions jusqu’à l’été 2027.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF engrange 127 milliards d’euros au troisième trimestre 2026
Contenu de nos partenaires
-
Alea jacta estPrimaire de la gauche : les trois questions qui se posent avant le premier tour
Au jeu des pronostics, Raphaël Glucksmann fait la course en tête, mais les quelque 140 000 inscrits pour le premier tour, qui aura lieu vendredi et samedi, gardent le suspense entier -
VagueletteMidterms aux Etats-Unis : le raz-de-marée socialiste n'a pas vraiment eu lieu
Malgré la victoire des poulains de Zohran Mamdani lors des primaires, l'aile socialiste est minoritaire au sein des candidats démocrates à la Chambre des représentants. Selon une analyse de l'Opinion, le parti, à quelques semaines des midterms, reste majoritairement modéré -
Carrière et leadershipRémunérations : la transparence, ce ne sera finalement pas pour tout de suite…
Malgré le retard, François Yang, avocat spécialiste de droit du travail chez Capstan, conseille aux entrepreneurs de se saisir dès maintenant du sujet pour éviter conflits. Un chantier de plus pour 2027