Le groupe Edmond de Rothschild tente de circonscrire l’incendie Epstein
Les millions de documents de la justice américaine révélés au grand public vendredi 30 janvier sur l’affaire Epstein, le criminel sexuel américain décédé en prison en 2019, ont des dommages collatéraux inattendus à travers le monde. Dans le secteur de la finance, c’est le groupe Edmond de Rothschild et sa dirigeante Ariane de Rothschild qui sont entrés dans une tornade médiatique. Le scandale a provoqué, depuis, plusieurs réunions de crise au sein de la banque.
La raison ? On apprend dans ces documents qu’Ariane de Rothschild a entretenu une correspondance nourrie avec Jeffrey Epstein à partir de 2013, à la fois de façon professionnelle et personnelle. Personnelle, parce qu’elle échange des e-mails où elle évoque la situation de son mari Benjamin ou ses vacances. Et professionnelles, parce que le financier américain et la dirigeante se consultent sur divers sujets qui vont du conflit avec les cousins Rothschild de Paris, jusqu'à la gouvernance de la société, les membres de son conseil d’administration, l'équipe dirigeante, la possible cession de la banque en Suisse (peut-être à UBS) et une éventuelle idée de fusion avec Julius Baer en 2017. Est aussi évoquée la cession envisagée de l’activité d’asset management. Jeffrey Epstein avait proposé à Ariane de Rothschild de rencontrer les dirigeants du fonds d’investissement Apollo à ce propos - le patron d’Apollo, Leon Black, avait dû démissionner dès 2021 en raison de sa proximité avec le criminel.
Dans ses messages, Jeffrey Epstein se montre bienveillant, lance des idées, joue les entremetteurs financiers, et met en avant son réseau de relations.
«Mme de Rothschild n’avait aucune connaissance de la conduite et du comportement personnel de M. Epstein, réagit le groupe suisse dans un message écrit envoyé à L’Agefi. Elle a été profondément choquée par les agissements révélés ces dernières années et tient à rappeler une nouvelle fois qu’elle condamne sans ambiguïtés ces comportements et les crimes dont il s’est rendu coupable. Elle regrette évidemment profondément de ne pas avoir su tout cela».
Une mission rémunérée
Tous ces échanges ont eu lieu à partir de 2013, alors que le multimillionnaire américain avait été condamné une première fois en 2008 pour des affaires de violences sexuelles envers des femmes et des mineures. Il prend contact avec Ariane de Rothschild au moment précis où les banques suisses sont dans le viseur de la justice américaine pour lever le secret bancaire. Edmond de Rothschild risque une lourde amende et Jeffrey Epstein propose à Ariane de Rothschild de lui présenter une éminente avocate de Latham & Watkins, en l’occurrence Kathy Ruemmler, qui vient alors de quitter son poste de conseillère juridique de la Maison-Blanche auprès du président Barack Obama. Elle est désormais responsable juridique au sein de Goldman Sachs. L’entremise aura été salutaire pour le groupe, puisque l’amende avait été revue fortement à la baisse.
La correspondance se poursuit jusqu’en 2019, quelques mois avant l’arrestation par la police de Jeffrey Epstein et après de nouvelles révélations dans un journal américain, le Miami Herald.
D’après les documents du département de la Justice, Jeffrey Epstein évoque alors par deux fois ses ennuis médiatiques à Ariane de Rothschild mais celle-ci, mère de quatre filles, répond ne pas avoir lu les journaux, précisant que «les journalistes disent souvent n’importe quoi».
Toute la question pour la banque et ses clients est de savoir si cette relation et ces conseils étaient bien officiels et connus de l'établissement. Et effectivement, on y voit que Jeffrey Epstein a signé des contrats avec Edmond de Rothschild, ce que confirme la banque. «M. Epstein a accompagné le groupe Edmond de Rothschild pour différentes missions de conseil stratégique et d’accompagnement dans le développement des affaires de la banque : présenter le groupe à des dirigeants de haut niveau du secteur financier et bancaire aux Etats-Unis, recommander des cabinets d’avocats de premier plan pour assister la banque aux Etats-Unis et fournir à la banque des services de conseil, notamment en matière fiscale et de gestion des risques» indique la banque à L’Agefi.
A lire aussi: La justice américaine boucle le programme de régularisation avec les banques suisses
Les montants évoqués sont de 25 millions de dollars mais le prix aurait été revu à 15 millions après négociations. Comment, malgré le prix de cette prestation, Jeffrey Epstein a-t-il pu être mandaté par la banque genevoise sans qu’un service de compliance ne vérifie ses antécédents ?
Le conseil d’administration, présidé par Yves Perrier, ancien directeur général d’Amundi, s’est saisi de l’affaire. « Le conseil d’administration suit le sujet de très près en lien constant avec la direction générale », assure la banque à L’Agefi. Ariane de Rothschild reste la patronne et principale actionnaire de la banque avec ses enfants.
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