Le financement définira le prochain cycle de fusions-acquisitions en France

L’amélioration de la confiance et des conditions de financement pourrait favoriser un rebond plus large sur le segment du mid-market, relève Jérôme Morisseau, co-responsable de la banque d’investissement France de Bank of America.
co-responsable de la banque d’investissement France, Bank of America
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Le financement sera l'une des clé du prochain cycle de fusions-acquisitions  -  Crédit Fotolia.

Le marché européen des fusions-acquisitions (M&A) retrouve des couleurs, et la France aborde ce nouveau cycle avec un fort élan. Les transactions transfrontalières impliquant au moins une entreprise française ont atteint environ 163 milliards d’euros en 2025, en hausse de 41 % sur un an.

Il ne s’agit toutefois pas d’un retour à l’environnement généralisé de transactions observé en 2021. Les acquéreurs sont plus disciplinés, les prêteurs restent sélectifs et les conseils d’administration accordent une attention particulière au risque d’exécution. Pourtant, le besoin stratégique de réaliser des opérations ne cesse de croître, les entreprises recherchant davantage de taille critique, de technologies, de nouveaux marchés et des chaînes d’approvisionnement plus résilientes dans un contexte marqué par l’adoption de l’IA, la transition énergétique et la fragmentation de l’économie mondiale.

A mesure que les conditions de financement s’améliorent, celui-ci devient un élément central de la prise de décision stratégique, plutôt qu’une question traitée une fois l’opération identifiée.

Le financement est devenu un catalyseur

Selon l’AFME, les marchés européens de la dette à effet de levier ont généré 130 milliards d’euros de financements au premier trimestre 2026, via les prêts syndiqués à effet de levier, les obligations à haut rendement et la dette privée. Cette dernière a, à elle seule, atteint 26,4 milliards d’euros, en hausse de près de 40 % sur un an, les LBO et acquisitions représentant plus de la moitié des volumes.

Le principal changement ne réside pas seulement dans la plus grande disponibilité des capitaux, mais aussi dans l’élargissement des solutions de financement. Banques, marchés des prêts syndiqués, investisseurs en dette à haut rendement et acteurs du crédit privé sont tous actifs. Les prêteurs demeurent néanmoins focalisés sur la génération de trésorerie, le niveau d’endettement et la protection contre les risques baissiers, ce qui rend la qualité des actifs et la résilience financière plus déterminantes que jamais.

Dès lors, la question n’est plus de savoir si une transaction peut être financée, mais quelle structure offre la plus grande certitude d’exécution et la plus forte flexibilité après la finalisation de l’opération. Le financement influence de plus en plus la valorisation, la compétitivité lors des processus d’enchères et, in fine, l’issue des transactions.

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Une opportunité particulière pour la France

La France est bien positionnée, car la demande stratégique et la disponibilité des capitaux se renforcent mutuellement. Les entreprises françaises poursuivent depuis longtemps leur développement international, un atout alors que les sociétés européennes cherchent à atteindre une taille critique pour rester compétitives dans des secteurs transformés par les technologies, la sécurité énergétique et l’évolution des échanges commerciaux.

Les opérations de M&A permettent d’accéder plus rapidement aux technologies, infrastructures, marchés et compétences qu’une croissance organique. L’intérêt stratégique demeure soutenu dans les secteurs industriels, des infrastructures, de l’énergie et des activités liées à l’intelligence artificielle. Parallèlement, les acquéreurs évaluent de plus en plus l’impact potentiel de l’IA sur les modèles économiques, qu’elle puisse les renforcer ou les fragiliser, rendant la pérennité future des flux de trésorerie encore plus importante pour la valorisation comme pour le financement.

La France bénéficie également d’un écosystème de financement diversifié. En 2025, les fonds français de dette privée ont investi 15,9 milliards d’euros dans 379 opérations, soit une hausse de 25 % en valeur sur un an, en complément des financements disponibles via les banques et les marchés obligataires.

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L’exécution fera la différence

Si la reprise a jusqu’à présent été la plus marquée sur les grandes opérations, l’amélioration de la confiance et des conditions de financement pourrait favoriser un rebond plus large sur le segment du mid-market. Les fonds de capital-investissement disposent encore de capitaux importants à déployer, les pressions à la sortie s’intensifient et les marchés du financement offrent bien davantage de flexibilité qu’entre 2022 et 2024.

L’activité restera néanmoins sélective. Les entreprises disposant de flux de trésorerie solides, de positions concurrentielles défendables et de stratégies de croissance crédibles bénéficieront d’un meilleur accès au financement et de valorisations plus élevées. Les incertitudes géopolitiques, les taux d’intérêt et la réglementation continueront d’influencer les opérations. Mais les moteurs structurels du M&A, notamment le besoin de taille critique, d’accès à la technologie et d’investissements liés à la transition énergétique, devraient perdurer.

Pour la France, les fondations d’une nouvelle phase d’activité en fusions-acquisitions sont désormais en place : une logique stratégique forte, des entreprises tournées vers l’international et une palette élargie de solutions de financement. Le capital, à lui seul, ne déclenchera pas le prochain cycle de M&A, mais pour les entreprises dotées d’une stratégie pertinente, le financement peut transformer l’ambition en exécution et, finalement, définir les leaders de la prochaine vague de consolidation en France.

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