Le Crédit Mutuel relance le débat sur les frais bancaires
Le Crédit Mutuel continue de jouer les trublions. Dirigée par Nicolas Théry, l’Alliance fédérale, qui regroupe 14 caisses du Crédit Mutuel et ses filiales, comme le CIC, avait frappé un grand coup, à l’automne dernier, en supprimant le questionnaire de santé pour ses clients les plus fidèles souhaitant souscrire un prêt immobilier. Quelques mois avant que le Sénat ne parvienne à imposer la disparition de la sélection médicale pour tous les prêts en dessous de 200.000 euros.
Cette fois, le Crédit Mutuel s’attaque au sujet des frais bancaires pour la clientèle dite «fragile». Un sujet porteur, alors que l’inflation pèse sur le pouvoir d’achat des Français. Le groupe bancaire lancera dès le 1er août un compte courant «à 1 euro net par mois sans frais d’incident», avec une carte de paiement à autorisation systématique pour ses 50.000 clients aujourd’hui bénéficiaires de l’offre réglementée spécifique pour les personnes en situation de fragilité financière.
Les engagements renouvelés des banques françaises
Depuis 2014, les banques françaises sont tenues de proposer systématiquement aux clients en situation de fragilité cette offre à 3 euros par mois, pour laquelle les frais d’incidents sont plafonnés à 20 euros par mois et à 200 euros par an. Selon la Fédération bancaire française (FBF), les résultats sont probants : près de 700.000 clients ont choisi de bénéficier de cette offre spécifique en 2021, soit une hausse du nombre de détenteurs de 80% depuis 2019.
Les banques françaises ont, par ailleurs, pris de nouveaux engagements en 2018. Les clients détectés par leurs conseillers comme étant fragiles financièrement (notamment avec cinq incidents au cours du même mois), mais qui ne bénéficient pas de cette offre réglementée, voient leurs frais d’incidents automatiquement plafonnés à 25 euros par mois. «Ces mesures ont permis de diminuer de 17% le montant moyen annuel des frais d’incidents sur les comptes de l’ensemble des clients identifiés comme fragiles», met en avant la FBF.
Cette promesse est toutefois tenue de manière inégale d’une banque à l’autre, pointent la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) et l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution), qui indiquent, dans un communiqué commun, avoir opéré «des vagues de contrôles avec des approches complémentaires». «Malgré des approches encore disparates de la part des établissements», elles constatent tout de même «une amélioration de la prise en compte de la fragilité financière par les banques françaises» et «demeurent vigilantes à ce sujet».
Bercy planche sur de nouvelles mesures
Le gouvernement, dont le projet de loi en faveur du pouvoir d’achat sera examiné lundi prochain en séance publique à l’Assemblée, ne compte pas non plus relâcher la pression sur les banques. Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, qui avait ouvert avant les élections législatives un cycle de discussions avec les acteurs économiques afin de «lutter contre l’inflation», a demandé de nouveaux efforts aux banques début juin.
Alors que 4,1 millions de particuliers bénéficient aujourd’hui d’un encadrement des frais d’incidents bancaires, le ministère indique à L’Agefi qu’un «travail est en cours avec les banques pour renforcer encore plus les mesures de protection prises lors du dernier quinquennat». De nouvelles mesures pourraient être décidées en la matière «dans les prochaines semaines», «essentiellement par voie réglementaire», ajoute Bercy. «Les banques françaises accompagnent chacun de leurs clients, y compris ceux en situation de fragilité financière, pour que les causes de ces difficultés soient les plus transitoires possible. Elles continueront de travailler, avec les différentes parties prenantes, à la recherche des meilleures solutions pour traiter de ces sujets», réagit la FBF.
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