La vente de Denizbank pâtit des doutes sur le secteur bancaire turc

Les interrogations liées à l'économie turque et à la profitabilité du secteur en 2012 pourraient peser sur le prix de la filiale de Dexia
Antoine Landrot

La vente de Denizbank, élément important du démantèlement de Dexia, aura-t-elle lieu? Le directeur général de la filiale turque de l’établissement franco-belge, Hakan Ates, a annoncé hier que le processus pourrait être annulé si les offres se révélaient insuffisantes.

Cette déclaration a probablement une dimension tactique. En octobre dernier, Dexia avait mandaté Bank of America pour étudier l’opération. Mais le processus est plus compliqué que prévu, faute d’appétit. Qatar National Bank, détenue à 50% par Qatar Investment Authority, a répondu dès le mois d’octobre, confirmant des négociations avec Dexia. D’autres banques auraient manifesté leur intérêt, mais elles semblent avoir depuis jeté l’éponge – même si aucune déclaration officielle n’est venue confirmer ces discussions.

Ainsi, les noms de HSBC et de Sberbank ont été cités. Mais l’établissement britannique aurait finalement abandonné la partie, certains médias du Royaume-Uni évoquant le manque d’informations disponibles. La première banque russe se serait également retirée, pour d’autres raisons: elle mène déjà l’intégration du courtier Troika Dialog, et l’acquisition de VBI, la branche de l’autrichienne Volksbank pour l’Europe orientale, prend elle-même du retard.

Mais d’autres raisons, plus fondamentales, peuvent expliquer la prudence des candidats. En effet, la santé de l’économie turque suscite des questions. «Son atterrissage en douceur n’a pas encore eu lieu, contrairement aux déclarations de la Banque centrale. […] Il reste à savoir si elle a suffisamment de carburant (les réserves de change) pour tenir jusqu’au redressement de la zone euro», explique Akin Tuzun, analyste chez Wood & Company.

Ce spécialiste des banques turques prévoit une année 2012 difficile pour le secteur, dont les provisions pourraient amputer les bénéfices de 25 à 30%. En outre, Ankara entend contrôler à la fois l’inflation, les taux d’intérêt et la lire, alors que l’économie turque dépend fortement des capitaux extérieurs. Il a adopté à cet effet une politique de double taux qui ne favorise pas la visibilité du secteur.

Du coup, les valorisations des banques turques paraissent bien optimistes à certains. Wood & Company estime qu’elles cotent avec une prime de 20% par rapport à leur PER (ratio cours sur bénéfice) moyen estimé pour 2012. En clair, Dexia ne pourra pas espérer récolter les 6 milliards de dollars évoqués par la presse.

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