La nouvelle direction bicéphale de Deutsche Bank hérite d’un groupe en travaux

Après dix ans à la tête de la première banque allemande, Josef Ackermann cède la place au duo de l’Indo-Britannique Anshu Jain et de l’Allemand Jürgen Fitschen
Lothar Gries, à Francfort

Josef Ackermann, le banquier le plus célèbre d’Allemagne mais aussi le plus controversé en raison de prises de position parfois maladroites, a quitté ses fonctions hier dans un mélange d’applaudissements et de critiques de la part des quelque 7.000 actionnaires rassemblés au palais des fêtes de Francfort. Ce fut un départ douloureux car le Suisse a dû renoncer à son projet de passer de son poste de PDG à celui de président du conseil de surveillance comme il est de coutume dans les grands groupes allemands. Josef Ackermann est aussi soupçonné de faux témoignage dans le procès qui oppose Deutsche Bank à l’ancien empire médiatique de Leo Kirch.

Le conseil de la première banque allemande est désormais dirigé par Paul Achleitner, jusqu'à présent directeur financier de l’assureur Allianz et ancien de Goldman Sachs. Celui-ci et les nouveaux coprésidents du directoire, l’Indo-Britannique Anshu Jain et l’Allemand Jürgen Fitschen, héritent d’une situation difficile. «Deutsche Bank doit améliorer son niveau de rentabilité dans un environnement autrement plus difficile qu’avant la crise financière de 2007», estime Konrad Becker, analyste chez Merck Finck & Co.

Le principal défi concernera la banque de financement et d’investissement (BFI), la principale activité du groupe qui génère à elle seule entre 50% et 75% des bénéfices. La direction de la BFI est d’autant plus difficile que les nouvelles règles sur les fonds propres nécessiteront davantage de capital, ce qui ne manquera pas de peser sur la rentabilité, expliquent les experts. Malgré tout, le nouveau co-patron de la banque et ancien directeur de la BFI, Anshu Jain, a maintenu son objectif à moyen terme de générer dans la seule BFI un résultat annuel avant impôts de 6,4 milliards d’euros, soit 1,2 milliard de plus que le record de 2006.

Pour y parvenir, les analystes estiment que Deutsche Bank devra relancer son expansion, et gagner des parts de marché, en particulier aux Etats-Unis et dans les pays asiatiques. «Dans ces régions la banque a fait de grands progrès, mais cela ne suffit pas», explique Konrad Becker.

Selon la presse allemande, citant des sources internes à la banque, l’objectif de la nouvelle équipe dirigeante est de hisser l'établissement de Francfort dans le cercle des cinq premières banques d’investissements du monde, composé de JPMorgan, HSBC, Barclays, Goldman Sachs et donc Deutsche Bank.

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