La gestion d’actifs alerte sur les effets d’un hard Brexit
A quelques semaines de la date annoncée du Brexit, les préparatifs s’accélèrent pour minimiser les perturbations liées à une sortie désordonnée du Royaume-Uni de l’Union européenne. La Commission européenne (CE) avait détaillé en décembre les actions qu’elle comptait prendre, avec de premiers résultats sur la reconnaissance des chambres de compensation britanniques. En revanche, le document de travail de l’exécutif européen fait l’impasse sur la reconnaissance des places de marché britanniques, ce qui inquiète les gestionnaires d’actifs. Comme l’explique le London Stock Exchange, en cas d’absence d’équivalence boursière, «les sociétés d’investissement européennes ne seront pas autorisées à effectuer des opérations en bourse sur des titres cotés au Royaume-Uni également cotés (ou admis à la négociation) sur une place de marché européenne», du fait de l’article 23 de Mifir. Le même problème s’était posé l’an dernier avec la Suisse, qui a finalement bénéficié d’une équivalence temporaire de six mois.
L’Association européenne des gestionnaires d’actifs (Efama) a donné l’alarme la semaine dernière dans une lettre adressée au vice-président de la Commission, Valdis Dombrovskis, que L’Agefi a pu consulter. «Le problème concerne en premier lieu environ 500 titres liquides listés sur le LSE mais également traités sur des places de marché européennes», explique l’Efama, qui évoque «des conséquences adverses sérieuses pour les gestionnaires d’actifs européens, les marchés de capitaux de l’Union européenne et ultimement pour les investisseurs européens». La perte d’accès pour certains titres à leur marché le plus liquide entraînerait une fragmentation de la liquidité et une hausse des coûts de transaction, mais pourrait aussi amener certains émetteurs à renoncer à leur double-cotation ou des gestionnaires d’actifs à se développer à Londres au détriment de leurs implantations européennes, avance l’Efama.
La CE «est consciente des problèmes autour des actions à double cotation et est en contact avec l’Esma [Autorité européenne des marchés financiers] sur le sujet», explique un porte-parole de l’exécutif européen. Pour autant, un officiel européen précise qu’«en général, la Commission a suivi le principe selon lequel il devrait y avoir des mesures d’urgence uniquement pour traiter de risques sur la stabilité, mais que nous ne pouvons pas atténuer les conséquences économiques du Brexit». «La Commission a agi sur la compensation car il y avait un risque systémique», confirme Emmanuel de Fournoux, directeur des activités de marché à l’Association française des marchés financiers (Amafi). «Mais s’agissant de l’accès aux plates-formes de négociation britanniques, l’inquiétude des professionnels porte sur une fragmentation de la liquidité et donc sur leur capacité à servir les clients dans de bonnes conditions», souligne-t-il.
Un répit pourrait venir de l’Esma, qui devrait communiquer dans les prochaines semaines sur le sujet, selon un discours prononcé à Dublin la semaine dernière par son patron Steven Maijoor. «L’Esma examine cette question afin d'éviter autant que possible de perturber les marchés financiers tout en respectant l’intention de l’obligation de négociation», a-t-il déclaré. L’Esma pourrait notamment circonscrire le nombre de titres concernés, ceux-ci devant être traités de manière «systématique, régulière et fréquente» dans l’UE pour être touchés, d’après MIF 2.
«Le problème se pose également pour certains dérivés soumis à une obligation de négociation», souligne par ailleurs Emmanuel de Fournoux ; le risque étant d’en voir certains se retrouver sans place de marché reconnue en Europe, alors que seuls trois OTF (marchés de gré à gré) sont pour le moment reconnus par l’Esma en Europe continentale contre treize au Royaume-Uni.
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